Un beau gâchis

Un beau gâchis

bras de gladiateurIl faudra un jour que quelqu’un m’explique comment Israël s’y est pris pour devenir, en quelques dizaines d’années, un pays aussi impopulaire dans le monde entier. Quand j’y suis allé, en 1970, à mi-chemin entre la guerre des Six-Jours et celle de Kippour, Israël était populaire dans le monde entier, sauf bien sûr dans sa région et dans les autres pays musulmans. Même les gauchistes adoptaient à son égard une attitude bienveillante : n’était-il pas le fruit de ce que le capitalisme est capable d’engendrer comme racisme mortel ? Je me souviens d’une pub d’alors qui disait : “Dites kibboutz et votre coeur bat plus vite !” Beaucoup de jeunes du monde entier venaient y travailler pendant quelques semaines et quelques mois, et encore plus de goïm que de Juifs. L’ambiance dans le pays, en dépit de toutes les difficultés, était enthousiasmante. C’était l’esprit “haloutz” comme on l’appelait, l’esprit pionnier. 

Et puis… Et puis quoi ? Brusquement le monde s’est pris de compassion pour les Palestiniens. Sauf que les Palestiniens existaient déjà depuis 1948. Tout le monde connaissait leurs malheurs, et ils étaient nombreux alors à en rendre responsables leurs frères des pays arabes voisins, qui trouvaient à Gaza et Naplouse de bonnes raisons d’entretenir la haine, ainsi qu’un vivier de fanatiques pour commettre des actes de terrorisme un peu partout. Israël aurait pu surfer sur cette double vague, la méfiance de l’Occident vis-à-vis des pays arabes et ses éclatantes victoires, pour trouver une solution qui débouche rapidement sur la création de deux Etats, et pourquoi pas même d’un seul, ça me semblait possible à cette époque. Je crois que les Palestiniens d’alors étaient plus assoiffés de paix et de disposer d’un Etat plutôt que de se venger. Certes, les responsables politiques arabes ont tout fait pour qu’un tel processus échoue, mais surtout Israël n’a rien fait pour en hâter la venue. La politique d’annexion a commencé peu après et il est vite devenu trop tard.

Quel gâchis… 

J’ai la mémoire qui flanche

J’ai la mémoire qui flanche

cow boy songeurVous connaissez cette phrase que l’on prête à n’importe quel auteur qui veut faire son intéressant quand on lui pose la question : “Que lisez-vous ?”, à quoi il répond : “Je ne lis pas, je relis.” Bon, moi, en ce moment, je relis beaucoup parce que je n’ai pas assez de fric pour acheter des livres que je n’ai pas encore lus (il arrive cependant qu’on m’en prête ou que des lecteurs, anonymes ou non, m’en envoient par la poste). Il me suffit de puiser parmi les centaines de bouquins que j’ai accumulés depuis mon arrivée à la Réunion. Certains de ces livres, je les relis pour le plaisir de les relire, parce que j’en ai aimé l’histoire, ou les personnages, ou le style. D’autres, je les relis parce que je ne m’en souviens plus. C’est d’autant plus étrange que j’ai une excellente mémoire, encore peu entamée par les pesantes années. Mais il est vrai qu’une fois sur deux, quand je prends un bouquin au hasard sur une étagère, je ne me souviens plus de ce qu’il raconte. Je parcours le prière d’insérer, parfois ça me revient, parfois non. Je relis les premières lignes, les premières pages, ça ne revient toujours pas. Au mieux, j’éprouve un sentiment de déjà vu, ou plutôt de déjà lu. Prenez par exemple le livre que je viens de commencer à relire : “Orages ordinaires” de William Boyd. Je sais que je l’ai lu parce qu’il se trouve sur une étagère dans mon bureau. Je sais que je l’ai lu parce que, dès les premières pages, deux ou trois détails éveillent un écho dans ma mémoire. Mais l’histoire dans son ensemble ne me revient pas. J’en ai déjà parcouru pratiquement une centaine de pages et je ne me souviens toujours pas de l’intrigue. C’est d’autant plus étonnant que j’apprécie les livres de William Boyd. J’en ai lu plusieurs. Son plus connu, “Un Anglais sous les Tropiques”, dont ne surnagent que quelques scènes (mais il me semble que l’histoire me reviendrait plus vite, en en lisant quelques pages, que celle que je suis en train de relire). “Les nouvelles Confessions” me revient mieux; il me semble que c’est l’histoire d’un réalisateur qui se lance dans la transcription sur écran des Confessions de Rousseau. “Comme neige au soleil” ou “Brazzaville Plage” m’évoquent une ambiance, un contexte géographique, quelques images, rien de plus. Pourtant, je le répète, William Boyd est un écrivain britannique que j’apprécie, comme David Lodge, dont j’ai également adoré les livres, mais que je serais bien incapable de vous raconter.

D’où vient cette panne de la mémoire ? Sans doute, j’imagine, de la complexité des histoires racontées dans ces livres. Les grands romans, ceux dont on se souvient le mieux, sont ceux dont le pitch tient en une phrase. Une ville et ses habitants piégés par une épidémie : “La Peste”. Un couple à la recherche de son épanouissement : “Les choses”. Un consul déchiré entre l’alcool et l’amour : “Au-dessous du volcan”. Un mec trempe une madeleine dans du thé : “A la recherche du temps perdu”. Un ambitieux piégé par la passion qu’il inspire aux femmes : “Le rouge et le noir”. Un homme transporte sur une charrette le cercueil de sa femme pour aller l’enterrer : “Tandis que j’agonise.” Une jeune femme trop fière amoureuse d’un homme trop strict : “Orgueil et préjugés”. Un esclave à la recherche de sa liberté, de toutes ses libertés : “Dolko”.

On pourrait continuer comme ça longtemps. Je vous suggère d’ailleurs de faire l’exercice avec vos romans préférés. Si ça ne marche pas, eh bien, relisez-les.

La libido, ça meurt à quel âge ?

La libido, ça meurt à quel âge ?

emporioComme tous les mecs branchés par les beaux mecs sexy et par le sexe, mais qui ont atteint l’automne de leur vie (métaphore pour décrire cet âge où neuf mecs sur dix vous disent : non, désolé, je cherche plus jeune, le dixième n’arrêtant pas de vous dire : c’est fou comme tu me fais penser à mon père), je me demande souvent quand ma libido va enfin me laisser tranquille. Quand je pourrai enfin admirer de beaux garçons à mon goût sans que se creuse en moi le gouffre amer du désir qui sait qu’il ne sera pas satisfait, quand je pourrai les regarder comme un tableau ou une statue, en admirant l’art de l’artiste sans rien sentir d’autre en moi s’émouvoir qu’une certaine fibre artistique. Je crains fort que ce ne soit pas pour demain.

L’autre jour, par exemple, j’ai discuté sur Facebook (chose que je n’aime pas faire d’ordinaire) avec un garçon que je ne connais pas, qui est devenu un ami FB depuis peu de temps. Un ami d’ami. J’ignore son âge. Peut-être la trentaine proche de la quarantaine si j’en crois sa photo, mais peu importe, l’âge n’est qu’une donnée secondaire. Il est beau garçon, sans l’être trop, avec des traits virils, ce qui est le plus important, et un corps apparemment convenable, c’est-à-dire légèrement musclé. Il était 7 heures du matin pour moi, j’étais déjà levé, 5 heures du matin pour lui, il n’était pas encore couché. Il rentrait d’une soirée dont j’imagine qu’elle avait été chaude pour le retenir debout si tard. Je ne lui ai pas demandé de détails. Nous avons discuté de choses et d’autres, des sujets sans importance comme ceux qu’abordent des mecs qui ne se connaissent pas encore et ne savent par où commencer. J’ai eu la vague impression que je ne lui était pas indifférent, même si je le soupçonne de se faire des idées (plutôt positives) à mon égard. Je n’ai pas mis de photos trop récentes de moi sur ma page FB, je suis con mais j’ai mes limites. J’imagine donc qu’il doit me croire un peu plus sexy que je ne suis. Des amis qui m’aiment bien lui ont parlé de moi et ils ont dû avoir l’adjectif avantageux. Mais ce n’est pas cela qui importe; ce qui importe, c’est que pendant quelques minutes, je me suis retrouvé dans une ambiance de drague ambiguë entre garçons, et il y avait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Quand j’ai mis un terme à notre discussion, je me suis senti à la fois exalté par le parfum enivrant d’une aventure possible et frustré par le retour à la réalité. Depuis, j’alterne entre l’un et l’autre état. Je m’aperçois qu’au fond, c’est ce que j’ai toujours préféré dans la vie, cette ambiance équivoque entre deux garçons qui ne savent pas s’ils coucheront ensemble, qui ne savent même pas s’ils en ont vraiment envie, ou s’ils jouent à en avoir envie. Les relations inspirées par cette ambiance se révèlent le plus souvent décevantes, mais bon sang que le chemin qui mène à cette déception est plaisant !

Ceci dit, j’aimerais bien que ma libido meure et me laisse enfin tranquille. J’aurai alors l’esprit plus dispos pour penser à des choses vraiment intéressantes, comme prendre enfin la décision de me supprimer. Est-ce demain la veille ?

Israël se déclare en faveur d’un cessez-le-feu, le Hamas refuse. On pourrait en conclure hâtivement que l’un veut la paix, l’autre la guerre. Que l’un aimerait épargner les victimes collatérales et que l’autre ne se montre pas avare de la vie de ses civils. Ce serait aller vite en besogne. Il ne faut  toujours pas choisir. 

Surtout, ne pas choisir !

Surtout, ne pas choisir !

échouageAujourd’hui, choisir de soutenir Israël ou l’Etat palestinien, c’est choisir d’encourager les extrémismes. Alors il faut s’abstenir de vouloir déterminer qui a commencé. En ce moment, dans certaines rues de Jérusalem, des jeunes Juifs extrémistes font la chasse aux arabes. Et à Paris, des pro-Palestiniens attaquent des synagogues. Enfin, ce que j’en dis, c’est ce que j’ai lu ici ou là sur les réseaux sociaux. Parce que qui croire, que croire… Voir post précédent.

Je remarque quand même une chose : en Israël, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre publiquement pour manifester leur hostilité à la politique de l’Etat. Des manifestations ont lieu. Des prises de position officielles condamnent la riposte agressive et meurtrière d’Israël, la qualifiant de disproportionnée. Dommage que, de l’autre côté, on n’entende pas autant de voix pour s’opposer au bombardement absurde, et surtout terriblement inefficace sur le plan militaire, pour ne rien dire du plan politique, des villes israéliennes à coups de roquettes. Un copain m’envoie un lien au sujet d’un groupe anonyme de jeunes Palestiniens qui critiquent la politique de leur gouvernement. C’est sans doute encourageant, malheureusement c’est anonyme. Alors qu’en Israël, l’opposition est publique. Mais que représente-t-elle en nombre ? Difficile à dire, mais je doute que ce soit impressionnant. En revanche, ça l’est davantage quand on considère la personnalité de ceux qui s’opposent à l’escalade. Nombre d’intellectuels, de journalistes, d’artistes, la partie la plus vivante et la plus créative de l’Etat d’Israël. Mais bon, un intellectuel qui proteste fait moins de bruit qu’une bombe qui explose.

Je me refuse de choisir, même si cela veut dire, sur les réseaux sociaux, m’engueuler avec les pro-Israël et les pro-Palestiniens. Je m’en fous, de toute façon, ce sont tous des cons ! Vive la paix ! 

Que croire ? Qui croire ?

Que croire ? Qui croire ?

love and learnJe ne suis pas sioniste. Enfin, si sioniste signifie soutenir la politique israélienne quelle qu’elle soit. Si sioniste signifie être favorable à l’existence de l’Etat d’Israël, alors là je le suis. Forcément. J’ai passé un an en Israël quand j’avais vingt ans, à travailler dans des kibboutzim et à apprendre l’hébreu, ce pays m’a tiré d’affaire, il m’a permis d’étrangler les démons de mon adolescence, il m’a redonné une deuxième vie avec l’espoir qu’elle serait meilleure que la précédente, je serais donc bien ingrat de lui vouloir du mal. Aujourd’hui encore, quand la situation s’échauffe au Moyen-Orient, ma première réaction est de peur pour Israël. Même si, depuis longtemps, je suis atterré par la connerie de ses dirigeants et par l’aveuglement d’une partie de plus en plus large de sa population.

Prenez la situation actuelle : à qui donner raison, à qui donner tort ? A personne, bien sûr. Certes, le meurtre des trois jeunes colons israéliens a mis le feu aux poudres, mais on peut arguer du fait qu’ils n’avaient rien à faire dans des territoires qui ne leur appartiennent pas. La politique d’annexion armée d’Israël a de quoi rendre fou n’importe quel supporter modéré de l’Etat hébreu. Quand j’observe ceux qui sont aujourd’hui à la tête du pays, je ne vois que des hommes doués pour faire la guerre et incompétents en matière de paix. Si on ajoute à cela les terroristes du Hamas en face, il faudrait être fou pour miser un shekel sur un traité de paix dans le courant de ce siècle.

L’autre problème, c’est de savoir qui croire et que croire. On lit tout et son contraire sur les réseaux sociaux. En Israël, il se trouve des énergumènes pour raconter que le jeune Palestinien brûlé vif a été exécuté par les siens qui auraient découvert qu’il était homosexuel. Il s’agirait donc d’un crime d’honneur, nous disent ces radicaux juifs, oubliant en chemin que trois des suspects israéliens ont avoué. D’autres racontent que les roquettes palestiniennes sont si peu efficaces qu’il leur arrive de retomber sur leur propre territoire, provoquant des morts que l’on impute à Israël. Comme si Israël n’en tuait pas suffisamment lui-même. De l’autre côté, on n’hésite pas à balancer des photos prises dans d’autres pays, sur d’autres terrains de combat et à d’autres époques, en les faisant passer pour des images de la réalité actuelle. Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille comme un autre.

J’avais espéré ici même qu’Israël se livrerait à des représailles mesurées et conscientes, à savoir régler leur compte à quelques leaders et partisans du Hamas. C’était faire preuve d’un optimisme démesuré – je me reconnais bien là ! Les représailles aveugles ont commencé et en quelques jours, Israël va sacrifier le capital de sympathie que le meurtre des trois jeunes colons lui avait valu. Vous me direz, Israël s’en fout de la sympathie d’autrui. Comme disait Golda Méir, nous préférons vos condamnations à vos condoléances. Et au bout du bout, c’est un argument auquel je ne peux qu’adhérer.

J’ai beau être en faveur d’un Etat palestinien dans les frontières reconnues par l’ONU, j’ai beau être choqué par les déclarations et les actes des dirigeants israéliens, j’ai beau être écœuré par le comportement de certains militaires israéliens, je ne serai jamais neutre ou objectif dans cette affaire. Il me suffit de recevoir un mail comme celui de mon amie Hanna, qui habite Tel Aviv, et qui me dit : “Est-il normal qu’une dame de mon âge s’inquiète, quand elle va aux toilettes, de savoir si elle aura le temps de se rhabiller si l’alarme retentit à cet instant précis ?” pour oublier tout ce que je reproche à Israël. Je précise que Hanna milite depuis le premier jour à Shalom Archav – quand je suis retourné en Israël, en 1999, je l’ai accompagnée à plusieurs manifs. Il n’empêche qu’une roquette palestinienne la prendrait aussi volontiers pour cible qu’un connard de colon. 

Grégoire Delacour

Grégoire Delacour

papiJ’avais lu “L’écrivain de la famille”, qui m’avait surpris sans me plaire tout à fait, puis “La liste de mes envies”, qui ne m’avait pas plu du tout. Trop complaisant envers la lectrice qui fait les best sellers. Dites aux femmes combien elles sont formidables et elles achèteront votre livre par dizaines de milliers d’exemplaires. Je l’avais lu dans le TGV entre Valence et Paris et du coup je l’ai laissé chez un ami à Paris, sachant que je n’aurais jamais envie de le relire. Là, je viens de relire “L’écrivain de la famille” et la deuxième lecture me plaît plus que la première. Bon, il y a des détails que je n’aime guère, la recherche un peu systématique du détail qui surprend, du coup de théâtre qui n’est justement que du théâtre, pas de la vraie vie. Mais dans l’ensemble je trouve ça bien.

Je connais et je ne connais pas Grégoire Delacour. Nous avons fait le même métier, concepteur-rédacteur en publicité pratiquement à la même époque, même s’il a dix ans de moins que moi. Bon, lui, il l’a fait au niveau du dessus. Il était meilleur que moi. Déjà, il s’était trouvé un AD, Eric Holden, avec lequel il s’entendait bien, chose que je n’ai pas su faire, et qui est essentielle pour qui veut laisser une trace dans la création publicitaire. Les meilleurs créatifs vont toujours par paire. Puis un jour il s’est mis à écrire et tout de suite ça a marché. L’inverse de moi. Je pense donc – non, je ne le pense pas, j’en suis sûr – que certaines de mes réticences sur ce qu’il écrit puisent leur source dans un dépit certain. Mais pas que. Je pense que s’il continue dans la veine de “La liste de mes envies”, il deviendra vite un Musso de qualité supérieure, qui sait refuser les clichés et les automatismes d’écriture. Mais rien de mieux. S’il se reprend, il pourra espérer tourner du côté de Pennac ou Mauvignier, bref, du côté des auteurs qui savent écrire et que l’on finit par inclure dans sa famille d’écrivains préférés.

Histoire drôle et histoire pas drôle

Histoire drôle et histoire pas drôle

darcy oakeVous connaissez l’histoire du mec qui dit à une fille : “Tu veux que je te fasse un tour de prestidigitation ?” “Oui”‘, dit la fille, intéressée. “Eh bien”, poursuit le garçon, “tu viens chez moi, je te baise et tu disparais !” Tout ça pour dire que si le garçon en photo, un certain Darcy Oake, Canadien de 26 ans, finaliste à “Britain’s got talent” et prestidigitateur de son état, me proposait la même chose, je dirais “Ouiiiiiii !!!”

Autre histoire, pas du tout drôle : sur certains réseaux sociaux israéliens, tenus par des extrémistes religieux et autres colons impérialistes, une rumeur circule qui prétend que le jeune Palestinien carbonisé par de jeunes Juifs d’extrême-droite (trois d’entre eux ont reconnu les faits) était en fait un jeune homosexuel très efféminé qui aurait été puni et exécuté par d’autres Palestiniens, honteux de sa nature. Je vous laisse apprécier cette indignité.

Et ils sont où les Brésiliens ?

Et ils sont où les Brésiliens ?

deux pains de sucreVoilà une branlée homérique : 7 à 1. Un score indigne d’une demi-finale du Mondial. Une catastrophe pour le Brésil. Et pour ses dirigeants. Il m’étonnerait que Dilma soit réélue à l’automne prochain. Ce qui sera bien fait pour deux raisons : des dépenses somptuaires et inutiles d’un côté, l’espoir de surfer sur une victoire sportive de l’autre. On ne devrait pas dépenser autant d’argent pour une compétition qui a lieu tous les quatre ans et dure un mois – même chose pour les J.O. Le Brésil a construit au moins quatre stades inutiles qui ne serviront plus à rien. De l’argent qui aurait pu être mieux utilisé, ça va sans dire. J’imagine qu’à partir de dimanche soir, le Brésil risque de s’enflammer.

Je regrette cette défaite pour le Brésil, dont les habitants sont plutôt gentils, et où les hommes sont si beaux. Les femmes aussi d’ailleurs. Le Brésil est le premier producteur de sex-appeal au monde. Une bonne raison de s’y rendre, à mon avis. Je vous conseille quelques délicieux bordels pour garçons, si vous n’êtes pas trop coincés sur le plan sexuel, genre : “Moi, payer pour du sexe, ça va pas, non mais tu m’as regardé ?” Ben oui, justement, je t’ai regardé, mec, et crois-moi, ce sera pas de l’argent mal placé… Tu vois le mec en photo aujourd’hui ? Dans les saunas de Rio, tu trouves les mêmes et ce doit être 50 euros la passe (après le Mondial, bien sûr, où les prix ont dû s’envoler). Et ils font du beau travail, je t’assure !

Les supporteurs de l’équipe de France doivent l’avoir mauvaise. Si on avait battu l’Allemagne… Les médias continuent d’essayer de nous faire croire que l’engouement pour les Bleus est devenu un phénomène national. Pourtant, ils étaient à peine 200 pour les accueillir au Bourget, même si les cameramen se sont ingéniés à faire des plans rapprochés pour amplifier l’effet de masse. Contre 100.000 en Colombie. Moi, je dis ça, je dis rien. Mais honnêtement, je ne vois pas trop de quoi il faudrait féliciter les Bleus. D’avoir fait leur boulot ? Quand on sait ce que va rapporter cette coupe du monde à chacun d’entre eux, on se sent moins prompt à les congratuler. Ils n’ont fait rêver que les naïfs. Certes, ils se sont mieux comportés que les Bleus de 2010, mais la barre était si basse qu’il leur a suffi de l’enjamber pour faire mieux. Même moi, je suis plus sympa aujourd’hui qu’un Bleu de 2010, c’est dire !

 

Oberlé et Muret

Oberlé et Muret

un jour grisUn admirateur (ou une admiratrice) anonyme, vraisemblablement de Bayonne si j’en crois l’adresse griffonnée sur le paquet, m’a envoyé deux romans, imaginant sans doute que je trouverais plaisir à les lire. J’avais déjà lu l’un d’eux sur J. Edgar Hoover, signé Marc Dugain, que j’avais bien aimé. Je trouve les romans de Dugain originaux et bien écrits, toujours intéressants, sur des sujets très différents. L’autre est un livre de Gérard Oberlé, auteur que je ne connaissais pas, intitulé “Les mémoires de Marc-Antoine Muret”.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Oberlé est cultivé. Du genre à lire le latin dans le texte. Et l’époque (le XVIème siècle, du temps de François 1er et Henri II) n’a pas de secrets pour lui, ou alors pas beaucoup. Il maîtrise parfaitement la langue de l’époque. Pas une seule page qui n’exige un petit tour dans le dictionnaire, et plus volontiers le Littré que le Robert. Au bout d’un moment, c’est un peu lassant, mais bon, on ne se cultive pas en ne faisant rien. L’ennui, c’est que tout ce vocabulaire alourdit terriblement le style classique de l’auteur. Chateaubriand disait que la mémoire alourdissait l’intelligence ; l’érudition agit de même avec la langue. Tout en lisant, plutôt péniblement ce livre, je ne pouvais m’empêcher de penser à Marguerite Yourcenar, qui savait comme personne restituer une époque tout en n’usant que d’une poignée de mots savants. Je sais de quoi je parle, je recours souvent à ce procédé, multiplier les mots rares, sophistiqués, précieux, histoire d’épater mes proches. Et pourtant, je suis infiniment moins cultivé, c’est une évidence, que le sieur Oberlé. Heureusement pour moi, j’ai renoncé à cette méthode depuis “Le fils de Jean”.

En revanche, je pense être supérieur à Oberlé – qu’on me pardonne cette soudaine bouffée d’orgueil – quand il s’agit de chanter la beauté des garçons. Rien, dans les passages censés exprimer la sensualité et surtout la libido de Muret, n’agit sur l’imagination. Ces passages semblent morts, sans la moindre trace d’émotion à propos de la force d’un corps ou de la majesté d’une verge. L’auteur continue de nous ensevelir sous son érudition et sa culture sans jamais éveiller notre propre sensualité. Il semble qu’il soit plus familier avec les savants du XVIème siècle qu’avec les garçons de son époque. Dommage. 

BHL = BHV + YSL ?

BHL = BHV + YSL ?

musculationJ’ai regardé l’interview de BHL par Benoit Duquesne, RIP. En fait, il y avait surtout un reportage sur notre petit Malraux. L’erreur serait de juger BHL globalement, tendance que je n’ai que trop naturellement. Certes, le mec est horripilant. Mais il faut admettre qu’il est intelligent et cultivé. Qu’il sait susciter les amitiés puissantes. Qu’il dispose d”‘un carnet d’adresses dont il sait se servir à bon escient.  Qu’il parvient souvent à ses fins. Qu’il possède l’art incontesté de se mettre en avant. Qu’il maîtrise la mise en scène et la didascalie de ce héros moderne qu’il est lui-même. On peut porter à son crédit certaines réussites : Mitterrand à Sarajevo ou Sarkozy en Libye. Et plein d’autres choses encore. Qu’il était très beau à l’époque de “La barbarie à visage humain.” Que parmi ceux qui le soutiennent, on trouve des gens que l’on aime. On peut additionner tout ce qu’on voudra, on n’en finira pas moins avec un homme ambigu, exaspérant et fanfaron.

J’ai toujours défendu l’idée qu’il est lâche physiquement (mais plutôt courageux intellectuellement) et qu’il en souffre. Son père a été un authentique héros de la Deuxième guerre mondiale. BHL l’a toujours admiré et a cherché à l’imiter. Rien d’étonnant à ce que ses deux modèles dans la vie soient Hemingway et Malraux. Deux intellectuels de haut vol qui ont participé à la Guerre d’Espagne, ce passage obligé de tous les écrivains engagés de l’époque. BHL, lui, n’a participé activement à aucune guerre. On pourrait le lui porter à crédit – en mettant sa neutralité active sur le compte du pacifisme – mais il aime trop se faire interviewer près des zones de combat (ou du moins, donner l’illusion qu’elles sont proches) pour ne pas douter de son courage. Il aime la proximité des armes et des soldats. Il aime les bruits et les ravages de la guerre. Seulement il y a, par exemple, ces photos à Sarajevo qui le montrent répondant aux questions d’un journaliste, accroupi derrière un mur, alors que les bombes tombent à proximité. Sauf qu’en élargissant la photo, on découvre deux soldats de l’ONU patrouillant sereinement derrière le mur. Mauvais effet, même si le journaliste affirme que l’endroit était réellement dangereux (mais après tout, il était lui aussi accroupi derrière le mur, et le courage de l’un authentifie le courage de l’autre).

Quoi qu’il en soit, qu’il soit lâche ou pas, il est certain qu’il n’a jamais réussi à se montrer à la hauteur de ses modèles. Il lui manque une blessure à l’épaule, marque des héros authentiques. On imagine l’exploitation qu’il en aurait faite sur les plateaux télé ! Pour l’occasion, il aurait porté une chemise noire afin que se détache mieux la blancheur des pansements. Il est doué pour le stylisme. Il affirme que sa tenue légendaire ne prouve que son absence d’intérêt pour la mode. Elle prouve surtout son sens du marketing. Seulement, à se balader partout en chaussures italiennes, costume noir et chemise blanche “dépoitraillée jusqu’à l’inconscience”, comme disait Colette, on a du mal à se faire passer pour un baroudeur. Un héros est toujours un peu sale. Pas BHL. Ses chemises blanches sont infroissables – et livrées sans les deux premiers boutons du haut.

Il y a aussi l’argent, dont il a reçu en quantité depuis son plus jeune âge. Certes, il aurait pu en faire un usage plus frivole. Mais on devine bien que ce n’est pas dans son projet. Ce n’est pas un héros de Sagan. Il veut férocement faire partie du bataillon sacré des intellectuels héros de notre époque. C’est pourquoi il n’a jamais accepté un poste de responsabilité politique. La politique est un marécage dont on sort sale et rapetissé. Il suffit de voir tous les intellectuels qui se sont fait prendre au piège de “monsieur le ministre”. BHL est plus malin que ça. Alors il écrit sa propre histoire et il y en a beaucoup pour l’écouter. L’ennui c’est que, lorsqu’il sera mort, ce seront d’autres qui l’écriront à sa place, et ils auront sans doute la plume acerbe. On pourra crier à la jalousie, à la rancœur, au règlement de comptes. Mais tous ne seront pas susceptibles d’en être accusés. Il y aura des hommes honnêtes et sincères dans ceux qui le ramèneront à de plus justes proportions. Ne laissant, derrière eux, que l’image d’un dandy, d’un plaisant histrion qui a bien amusé la galerie de son vivant.