Maxime Chattam

Maxime Chattam

delicieuse jeune bruteJe connaissais le nom de Maxime Chattam comme l’un des auteurs français qui vendent le plus de livres, mais je n’avais rien lu de lui. Erreur réparée, je viens de lire “In Tenebris”. Pas mal. On y retrouve tous les ingrédients du genre, des flics un brin solitaires et farouches; un coupable qui réussit à rester dans l’ombre jusqu’à la fin, ou presque; des coups de théâtre bien amenés, d’autres plus prévisibles; un style efficace; bref, une oeuvre capable de rivaliser avec ce que le genre produit aux Etats-Unis. Bon, on n’y trouve pas non plus l’inventivité diabolique de Stephen King, mais qui peut oser se comparer au Maître ?

Ce qui m’interroge, quand même, c’est ce qui pousse quelqu’un à écrire ce genre d’histoire et quelqu’un d’autre à la lire. “In Tenebris” raconte une histoire de tueur(s) en série anthropophage(s). Ecoeurante et sanguinolente à souhait. L’auteur s’offre en plus le luxe un brin culotté, à la fin, de nous donner une leçon de morale sur notre indifférence à la souffrance et notre passivité devant la marche du monde. Mais on devine rapidement qu’il n’en pense rien. C’est un passage obligé, comme l’avertissement “L’abus d’alcool est nuisible…”

Mais au bout du compte, pourquoi lit-on ça ? Et qu’en reste-t-il ? Si elle ne vous fait pas faire des cauchemars pendant quelques semaines, à quoi bon lire ce genre d’histoire ? Elle ne vous apprend rien sur rien, en dehors de quelques informations techniques sur le monde du meurtre. A peine refermé, déjà oublié. Il m’arrive régulièrement de lire ce genre de livres, mais il suffit d’un seul pour me rassasier pendant au moins six mois, voire un an. Bon, là, je vais peut-être, par curiosité, voir si ce garçon, qui a l’air charmant et plutôt sain sur les photos, est capable d’écrire autre chose. Sinon, il est probable que je reviendrai vite vers le Maître.

“Mommy” de Xavier Dolan

“Mommy” de Xavier Dolan

addicted“Mommy” est enfin sorti à la Réunion et je m’y suis précipité avec des amis dès la première séance. Je n’ai pas été déçu. Je m’étais vaguement attendu à une suite du premier film de Dolan, mais “Mommy” va plus loin. Déjà dans le ton du film, cette violence quasi constante dans les dialogues, cet usage du “joual”, le créole canadien, si l’on peut dire. Les aveux les plus doux viennent ponctuer ou précéder les scènes les plus dures. Mais le film ne serait après tout que l’histoire d’une relation mère-fils grattée jusqu’à l’os si Dolan n’avait pas eu cette trouvaille géniale d’introduire le personnage de la voisine d’en face, de loin le personnage le plus trouble et aussi le plus attachant de cette histoire. Kyla donne toute sa profondeur et toute son ampleur au film, elle restitue la mère et le fils dans une humanité bouleversante, elle rend supportable leur insupportable violence. Grâce à elle, il devient impossible de prendre parti, de trancher et d’opter pour le noir ou le blanc. La fin à rebondissements redonne au tout dernier moment un ultime élan au film tout en offrant au spectateur le choix de sa propre fin. Ce film est la preuve d’une maîtrise et d’une sincérité sans égales. Il y a là comme un aboutissement qui vous laisse sur le flanc. Ne pas voir ce film est un aveu de manque d’intérêt pour tout ce qu’un film peut apporter.

Martintin reporter

Martintin reporter

laisse tomber la servietteJ’aime beaucoup Martin Weill. Dans le monde superficiel du journalisme télévisé, voilà au moins un mec qui fait son travail, contrairement à des Apathie, des Polony ou des Bourdin qui attendent, le cul bien carré dans leur fauteuil, de recevoir le coup de fil d’une “source généralement bien informée” ou d’un “proche collaborateur” pour nous balancer une info. Martintin reporter, lui, n’hésite pas à prendre des risques, comme tout récemment en Ouganda.

En plus, il est mignon comme un coeur, on a constamment envie de le protéger (comme s’il en avait besoin !) et on a pour lui des frayeurs de mère juive.

En photo, une autre “source généralement bien formée”.

Des voix ! Des voix !

Des voix ! Des voix !

commando 2Sarkozy est tellement avide de voix et de soutien qu’il suffit de le placer devant n’importe quel public pour le voir abonder dans son sens et reprendre ses revendications à son compte. Si jamais on parvenait à lui faire tenir un meeting dans un sauna, il finirait par se faire gangbanguer sur le premier sling venu !

Ta gueule, génie !

Ta gueule, génie !

braquemartJe suis en train de lire “Le grand sommeil”, de Raymond Chandler. Page 110, le héros se fait agresser par un jeune mec un peu pédé sur les bords, je tombe sur cette phrase : “Ca devait en principe être un méchant coup, mais les pédés n’ont rien dans les os, quel que soit leur format.” C’est Philip Marlowe qui parle, donc Chandler lui-même. Quelque chose ne passe pas après la lecture de cette phrase. Je tente de poursuivre ma lecture, mais je m’arrête à la fin du chapitre. Je mets le livre de côté, je le reprendrai plus tard, un autre jour, après avoir lu un autre livre peut-être. Ou pas. J’en ai un peu marre de devoir entendre ce genre d’avis péremptoire sur les pédés, même de la part d’un mec considéré comme un des génies de la littérature policière. C’est leur grand truc, aux hétéros, tout ce que les pédés ne peuvent pas ou ne savent pas faire. Les pédés ne savent pas siffler. Les pédés ne savent pas jouer au ballon. Les pédés ne peuvent pas courir. Je ne sais quoi encore.

Peut-être je finirai “Le grand sommeil” plus tard. Ou peut-être pas. Peut-être que les pédés ne peuvent pas terminer un polar de Chandler.

Tour de passe-passe

Tour de passe-passe

cul d'enferPour continuer à faire du 11 novembre un jour férié maintenant qu’il ne reste plus de survivants à honorer, le gouvernement à décidé que ce jour servirait de commémoration pour les soldats morts pour la France au cours de l’année écoulée. Que répondre à cela sans passer pour un salaud ou un mauvais patriote ? Par exemple que cette commémoration pourrait avoir lieu le 14 juillet. Quand le Président va raviver la flamme, il en profitera pour faire rendre hommage aux soldats morts pour le pays depuis l’an passé, et le tour sera joué. Ah oui, mais dans ce cas, le 11 novembre passerait à la trappe… C’est marrant de voir comme des socialistes, des syndicalistes, des pacifistes et autres anarchistes mettent leurs convictions en veilleuse quand il s’agit de ne pas perdre un jour de congé ! Bande de feignasses !

Ecole militaire

Ecole militaire

black tattooAssez atterré de constater qu’un peu partout, dans des écoles primaires, on fait travailler les enfants autour de la commémoration de l’armistice. Lecture de lettres de poilus, dessins de tranchée, visite de musées, etc. Consternant. La Première guerre mondiale a été une ignoble boucherie provoquée par des ambitions colonialistes et capitalistes. Aucun camp pour symboliser le Bien. Juste des millions de pauvres types envoyés au casse-pipes. Comme le disait quelqu’un, la guerre est faite par des gens qui ne se connaissent pas au profit de gens qui se connaissent très bien. Sincèrement, je pensais qu’après la mort du dernier survivant, on aurait la bonne idée de supprimer la commémoration du 11 novembre. J’imagine le coup de gueule des syndicats si on l’avait fait ! La suppression d’un jour de congé est un acte sacrilège. Il suffit de voir le tollé quand certains ont proposé de supprimer des fêtes religieuses comme le lundi de la Pentecôte ou le jeudi de l’Ascension ! Décidément, les gens de gauche sont de sinistres rigolos. Ils auraient fait ricaner Jaurès.

Le jeune homme en photo, Dieu merci, nous renvoie vers une réalité plus séduisante.

“En finir avec Eddy Bellegueule”

“En finir avec Eddy Bellegueule”

landon conradJ’avais très envie de lire le livre d’Edouard Louis. D’abord, parce que le sujet m’intéresse. Ensuite, parce que j’ai moi-même écrit deux livres sur ce sujet (“Un goûter d’anniversaire” et “Ils m’appelaient Fanchette”) qui n’ont pas rencontré un succès mémorable. J’avais donc envie de savoir ce que ce roman-ci pouvait avoir d’exceptionnel, comparé aux miens, pour éveiller l’intérêt de tant de gens et se vendre à plus de 100.000 exemplaires.

J’avoue que j’ai été déçu. Mon histoire se situait dans les années 60, celle d’Eddy Bellegueule (puisque le nom de son héros est en fait son véritable patronyme) dans les années 2000. C’est un détail dont il faut se souvenir en permanence. Sinon, comme moi, vous sursauterez chaque fois qu’il sera fait allusion à un téléphone portable, un ordinateur ou à internet, tant on a l’impression que son histoire est antérieure à la mienne. Certes, je veux bien croire qu’il est originaire d’un milieu social encore plus défavorisé, encore plus rétrograde que le mien (qui pourtant se situait quelque part entre le prolétariat et la petite bourgeoisie). Mais sa famille, son village, son environnement relèvent carrément du quart-monde. Une vulgarité, une violence, une bêtise comme on a du mal à l’imaginer. Il paraît que les siens lui en veulent du portrait qu’il a tracé d’eux, mais je ne suis pas étonné. Ce qui m’étonne, en revanche, c’est qu’une telle bande de tarés ait pu donner le jour à un mec capable d’intégrer Normale Sup. Est-ce que vous imaginez le fils ou la fille Groseille se présenter à l’ENA et réussir le concours d’entrée ?

C’est finalement ce qui gêne dans la lecture du livre. Pour être acceptable, il faudrait que le contenu soit absolument authentique. Mais l’est-il ? Après tout, le livre est présenté comme un roman. Donc sujet à caution. Seulement, le héros porte le nom de l’auteur, rien n’autorise donc à douter que ce qu’il rapporte est véridique. Mais l’est-il ? J’ai un gros malaise là-dessus. Je veux bien y croire, mais cela exige de moi un effort. Surtout en l’an 2000. Dans les années 60, je veux bien. Mais aujourd’hui, même en Picardie, j’ai des doutes. De gros doutes. Je sais, pour l’avoir vécu, que l’on a toujours tendance à exagérer sa souffrance. De même que ceux qui nous ont, volontairement ou pas, torturés lorsque nous étions adolescents sont convaincus de n’avoir pas été aussi odieux que cela. Or si ce livre est largement fictionnel,voire mensonger, quel intérêt présente-t-il ? 

Reste le style. Et là encore, déception. J’ai lu des interviews d’EB. Je l’ai entendu à la télé. Normale Sup, c’est pas pour le premier cerveau venu. Personnellement, je suis très loin d’en avoir le niveau. Je m’attendais donc à une analyse très pointue, très subtile, d’une psychologie quasi professionnelle de ce qui se passe dans la tête d’un gamin soumis à de telles insultes. Je craignais, je vous le dis, de ne pas tout comprendre. J’espérais aussi comprendre certaines choses qui me demeurent obscures sur cette période. Je pensais lire enfin le roman que j’aurais pu écrire si j’en avais eu le talent. Après tout, ce n’est pas un hasard si cette histoire-là, je l’ai écrit une deuxième fois, en espérant qu’une nouvelle tentative me rapprocherait de ce que j’ai réellement vécu et ressenti. Déception avec EB : rien de bien surprenant dans l’analyse des caractères, de leurs réactions. Plutôt basique, même, en fait. Pour vous dire : il me semble que j’aurais pu l’écrire !

Bon, pour être égal à moi-même, je vais terminer par une méchanceté. Il me semble que ce que ce livre révèle de plus intelligent, c’est la dédicace. “Pour Didier Eribon”. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’un des plus brillants membres de l’intelligentsia gay. Obtenir sa caution (j’imagine qu’EB ne lui a pas dédié le livre sans lui demander son accord), c’est s’ouvrir les portes de certaines télés, les colonnes de certains journaux et magazines, c’est inspirer la bienveillance de nombre de personnalités influentes de ce milieu. C’est faire un excellent premier pas sur la route du succès. Apparemment, ça a fonctionné.

Sondage

Sondage

26516695J’aimerais savoir quel pourcentage de Français ont pensé, dans leur for intérieur, sincèrement, spontanément, en osant le formuler ou non, quand ils ont appris la mort de Christophe de Margerie : “Finalement, c’est bien fait !”

Opluba

Opluba

graine de mecJe trouve inquiétante la défaite annoncée d’Obama. Non pas que je m’illusionne sur ses qualités de Président des Etats-Unis. Mais enfin, on peut porter à son crédit une réduction du chômage et un désengagement militaire au Moyen-Orient, ce qui n’est pas rien. Certes, il semble que les classes moyennes aient beaucoup souffert sous sa présidence. Mais n’est-ce pas là leur rôle historique et sociologique ? N’ont-elles pas été créées pour servir de zone tampon entre les riches et les pauvres ? En France, les journalistes insistent sur le fait qu’il n’a pas démantelé Guantanamo comme il l’avait annoncé et qu’il ne soit arrivé à rien dans le conflit israélo-palestinien, mais franchement, je ne crois pas que ce soit ce que lui reprochent ses concitoyens. Quand on voit des reportages sur les candidats républicains en passe de l’emporter, quand on considère qu’un troisième Bush s’apprête à se porter candidat à la Présidence, on ne peut que s’inquiéter. Nos propres libéraux, de droite comme de gauche, paraissent de dangereux libertaires en comparaison.