“Le royaume” d’Emmanuel Carrère

“Le royaume” d’Emmanuel Carrère

eloi eloiJ’aime bien Emmanuel Carrère. J’ai lu et apprécié plusieurs de ses romans. J’avais envie de lire celui-ci, un ami (sur une forte suggestion de ma part, je le reconnais) me l’a offert pour mon anniversaire. Je n’avais pas trop d’idée du sujet. Quand je l’ai commencé, je me suis dit : “Aïe aïe aïe…” J’ai anticipé un récit du genre : comment j’ai trouvé la foi. Sur plus de 600 pages. J’ai eu quelques doutes. Vite dissipés. La seule personne plus chiante qu’un croyant, c’est un converti. Certes, Carrère parle de sa foi, une première expérience il y a vingt ou trente ans, et une seconde, récemment. Mais ce n’est pas le sujet du livre. Le sujet, c’est la naissance du christianisme. Comment il aurait pu être une religion mort-née. La rivalité entre les disciples, les apôtres, les évangélistes. Avec, pour figures centrales, Paul et Luc. Mais aussi Pierre, Jean, Jacques, Philippe… Rarement Jésus, en fait. Le tout dans un style très léger, très décontracté, parfois presque trivial. Beaucoup d’humour et d’esprit. Aucun dogmatisme. Cela rappelle “Les belles histoires de l’oncle Paul” dans Spirou, il y a bien longtemps. Avec de fréquentes et drolatiques allusions à la réalité contemporaine.  Un régal, vraiment. Je vous le conseille, très fortement.

Au bonheur des femmes

Au bonheur des femmes

à peine éveilléUne femme abat son mari de trois coups de fusil : il la battait depuis des dizaines d’années. Quand il avait le temps, il battait aussi son fils et violait ses filles. D’ailleurs, la veille du meurtre, le fils s’est suicidé. Evidemment, trois coups de fusil, la prévenue a du mal à faire jouer l’accident de nettoyage d’une arme de chasse. D’ailleurs, elle n’essaie pas, elle reconnaît son crime. Pis, elle ne s’en excuse pas. C’est cela que le tribunal ne lui pardonne pas, elle n’a pas dit qu’elle regrettait, même pour de rire. Ses filles sont venues témoigner en sa faveur à l’audience, elles disent qu’elles sont soulagées de la mort de leur père. Verdict : dix ans de prison ferme.

Et après ça, ceux qui l’ont condamnée vont se scandaliser de voir qu’en Iran, une fille qui a tué l’homme qui l’a violée vient d’être pendue. Sur le fond, je ne vois pas une si énorme différence. Ce sont les mêmes gens qui ont condamné ces deux femmes, mais l’une d’elles a juste bénéficié d’un code pénal moins sévère, c’est tout.

Post Scriptum : Je te hais !

Post Scriptum : Je te hais !

cheval d'arçonJ’ai écrit PS en toutes lettres, car j’ai craint qu’en n’écrivant que les initiales, on pense que je voulais faire une déclaration de haine au Parti socialiste, qui n’en a pas besoin.

Longtemps, j’ai cru que je faisais partie d’une minorité de gens inspirés par l’intolérance et la haine d’autrui. Je pensais que nous étions quelques milliers, égarés au coeur d’une foule bienveillante et généreuse. J’avoue que j’en ressentais parfois de la honte. Mais comment se refaire ? Je me contentais de penser qu’après tout, il y avait quelques personnes que j’aimais fort et sincèrement pour me consoler d’éprouver tant de sentiments négatifs envers les  autres.

Puis sont arrivés les réseaux sociaux. Et peu à peu, je me suis aperçu que je n’étais pas un cas isolé, une maladie rare. Je faisais en fait, sans le savoir, partie d’une majorité. Une majorité de moins en moins silencieuse. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai pu constater que la haine, l’agressivité, l’hostilité, l’intolérance, le mépris d’autrui sont les choses les mieux partagées du monde. Où que j’aille – notamment sur Facebook, bien sûr – je me noie dans des commentaires haineux, violents, insultants. Prenez le lien tennis du site Eurosport, par exemple : commentaire après commentaire, ce ne sont que déclarations de haine et de mépris envers l’un ou l’autre des meilleurs joueurs du monde. Comment peut-on prétendre aimer le tennis en couvrant Nadal, Federer ou Djokovic d’autant d’obscénités ? J’avoue que ça me laisse perplexe.

Mais bien entendu, le pompon, c’est Facebook. Des gens qui ne se connaissent pas en viennent pratiquement aux insultes sur la page d’un ami commun à propos des sujets les plus anodins. Lancez le mot “corrida” par exemple et vous obtenez un étripage en règle à côté duquel le travail du picador et une mise à mort ratée du taureau peuvent passer pour des anecdotes sans importance. Que de haine ! Que de mépris ! Que de rejet !

Ah, je vous jure, depuis que je suis sur Facebook, je me sens une meilleure personne ! Merci, merci à vous tous !

Les bûcherons de l’information

Les bûcherons de l’information

hard workC’est un leitmotiv chez les journalistes quand ils interviewent un politique : pas de langue de bois. Mais ils sont les premiers à s’effaroucher, voire à se scandaliser quand leur interlocuteur se met à parler vrai, en utilisant des mots lourds de sens. On l’a vu récemment avec Macron, n’hésitant pas à parler de “femmes illettrées” ou de “pauvres” (encore qu’il ne faisait que reprendre la phrase de quelqu’un d’autre comprenant ce mot). Aussitôt, volée de bois vert. Quoi ? Cet ancien banquier, ce millionnaire osait traiter les gens d’illettrées ou de pauvres ? Alors qu’il existe une vraie langue, en usage sur les plateaux télé, qui consiste à parler de “personnes défavorisées quant à la maîtrise des outils linguistiques” ou de “personnes ne réunissant pas les signes extérieurs d’aisance matérielle dans la vie quotidienne” !

Même chose avec Fleur Pellerin, l’autre jour, interviewée par Maïtena Biraben. Elle se révèle incapable de citer le titre d’un roman de Modiano, avec qui elle vient de dîner, et avoue ensuite n’avoir pas lu un roman depuis deux ans. Haro sur le baudet ! Un nouveau couac ! Une nouvelle boulette ! 

Moi je trouve plutôt plaisant ces ministres qui ne parlent pas le politique auquel on est habitué. Seulement, il faudrait qu’ils trouvent en face d’eux des journalistes prêts à le parler aussi. Ils en sont loin, ils ont oublié ce qui devrait être leur langue maternelle. Cela me rappelle le jour où, répondant à une question de Denizot sur le défaut le plus marquant de Ségolène Royal, Montebourg avait répondu : “Son compagnon”. Denizot avait presque eu l’air choqué. Alors qu’il n’avait pas bronché quand, à la même question sur Sarkozy, Morano avait répondu : “Le chocolat”. Ah oui, ça c’était une bonne réponse, bien dans la langue de bois telle qu’on la parle sur les plateaux télé. Parce que si on commence à balancer des vérités sans prévenir, où va-t-on ?

Bill Bryson

Bill Bryson

dans le miroirC’est Scarlett qui m’a fait découvrir cet auteur américain. Ce n’est pas un grand écrivain; c’est plutôt un conteur. Il raconte ses voyages avec énormément d’humour. Randonnée sur un sentier des Appalaches (“Promenons-nous dans les bois”), chroniques sur les Américains (“American rigolos”), journal de voyage en Australie (“Les voisins du dessous”) ou road book  sur un long voyage en voiture autour des Etats-Unis (“Motel Blues”). Ses livres fourmillent d’informations et d’anecdotes. Bryson a un humour auquel je suis très sensible. Il me fait penser à Daninos ou à Ephraïm Kishon, un écrivain israélien qui se moque volontiers de ses compatriotes. Dans le genre récit de voyage, il fait songer à Paul Théroux, que je vous recommande aussi.

Bon, allez, maintenant, j’attaque “Le royaume” d’Emmanuel Carrère qu’Alain m’a offert pour mon anniversaire.

R.I.P.

R.I.P.

Lifeguard080701J’ai 65 ans aujourd’hui. L’avantage, quand on arrive à cet âge avancé, c’est qu’on ne peut plus se plaindre. On a vécu assez longtemps pour disposer de toutes les chances nécessaires dans la vie et on peut mourir tranquille, sans rien reprocher à personne, sinon à soi-même. Je suis bien le seul que j’estime responsable de ce qui a déconné pendant ces 65 ans (moins quelques années où je n’étais qu’une larve en devenir) et au bout du compte, je trouve qu’il n’y a pas tant de choses que ça qui ont foiré. Je suis plutôt content de ma vie, même si la fin n’est pas glorieuse. Mais comme je l’avais anticipée depuis toujours, au moins ne suis-je pas surpris.

Tartuffe à l’Opéra

Tartuffe à l’Opéra

massif et si beauA l’Opéra Bastille, une spectatrice au visage voilé a été priée, soit d’enlever son voile, soit de quitter la salle. La femme et son mari – des touristes du Moyen Orient – ont quitté la salle. Ce matin, à l’émission d’Audrey Pulvar On ne va pas se mentir, le sujet était abordé et, bizarrement, les deux intervenants de droite étaient beaucoup plus à l’aise pour donner raison à la direction de l’Opéra que les deux intervenants de gauche. Ceux-ci faisaient valoir que la culture doit être synonyme d’ouverture d’esprit et qu’il était donc blessant d’expulser cette femme. La sénatrice écolo Esther Benbassa, que l’on a connue mieux inspirée, parle d’humiliation envers une touriste et d’application de la loi dans un esprit de fonctionnaire. Donc, si on les écoute, la loi ne s’appliquerait qu’aux femmes françaises qui ont la bonne idée de ne pas fréquenter les hauts lieux de la culture, mais simplement les supermarchés et les administrations. La loi est la même pour tous, et aussi pour les Occidentaux, qui doivent se plier, quand ils voyagent dans des pays musulmans, aux règles en vigueur. Il me paraît effarant – mais hélas, pas si surprenant – que des élus de gauche renâclent à la faire appliquer.

L’enfer est proche du paradis

L’enfer est proche du paradis

déjeuner sur la plageLe 3 mai 2013, je franchissais le Thorong La, point culminant (5416 mètres) du tour des Annapurnas au Népal. J’ai quitté le High Camp (4900 mètres) à 4 heures du matin. Il faisait un temps magnifique. Le jour se levait à peine mais on devinait que la journée serait superbe. Il m’a fallu trois heures pour avaler les 500 mètres de dénivelé. C’était dur, épuisant, décourageant, mais les conditions étaient à ce point parfaites que, chaque fois que je m’arrêtais pour reprendre mon souffle, je retrouvais la force de continuer (entre parenthèses, je me demande comment font les himalayistes pour grimper au-dessus de 8000 mètres). Au sommet, j’ai bu un coup avec des Russes, des Israéliens, trois Grenoblois et un Canadien. Puis je me suis engagé dans l’interminable descente qui conduit à Muktinah, à 3800 mètres.

J’ai encore la mémoire précise de cette journée paradisiaque et je n’ai aucune difficulté à imaginer l’enfer qu’ont dû vivre les trekkeurs piégés au col au plus fort de la tempête. Il n’y a rien pour se protéger, à part une minuscule maison en pierre qui a dû rapidement être bondée. Rien n’indique le tracé de la descente dès lors qu’il ne fait plus clair. A peine quelques cairns ici et là, pas plus hauts qu’un mètre, vite dissimulés par le brouillard et la neige. Ajoutez à cela les avalanches et c’est presque un miracle qu’il n’y ait pas eu davantage de morts.

J’espère que Gezlin, le guide, et Dilbader, le porteur, ne se sont pas retrouvés dans cette galère.

Aaron Taylor-Johnson

Aaron Taylor-Johnson

mains dans les pochesVu un film sans intérêt, Kick Ass 2, avec ce jeune acteur aperçu dans Savages et dans Anna Karénine. Non seulement ce garçon est d’une beauté qui me trouble délicieusement, mais il a un corps d’une justesse et d’une harmonie extraordinaire. J’espère le revoir bientôt dans un rôle un peu plus intéressant et subtil que celui de Kick Ass, quel qu’en soit le numéro.

Sorj  Chalandon

Sorj Chalandon

chapeletLu pour la première fois un roman de Sorj Chalandon. Le quatrième mur. L’histoire d’un jeune metteur en scène parti à Beyrouth pour monter l’Antigone d’Anouilh avec des comédiens appartenant à diverses communautés religieuses ou politiques. Tout ça en 1982, à l’époque de Sabra et Chatila. Une belle et forte histoire gâchée régulièrement par des afféteries de style (genre : l’enseigne clignotante qui empêchait mes nuits). Il faudra en lire un autre pour voir si ça finit par être supportable.