Souvenirs d’ancien combattant

Souvenirs d’ancien combattant

sur le banc près du troncEn 1970, j’ai passé l’année dans des kibboutzim en Israël. Après avoir appris l’hébreu au kibboutz Yagour, je suis allé passer deux mois dans un kibboutz de frontière avec la Jordanie, Ashdot Ya’acov Mé’ouhad. Il fallait se porter volontaire car ce n’était pas sans risques. Effectivement, une nuit de temps à autre, nous étions bombardés par le camp d’en face. Quand c’était Israël qui attaquait, nous devions aussi courir aux abris, on ne sait jamais, une bavure est vite arrivée. Cela se produisait le plus souvent la nuit. Nous étions réveillés en plein premier sommeil, il fallait sauter dans ses fringues, puis dans une tranchée qui passait devant la chambre et nous conduisait à l’abri le plus proche. Comme il y avait des bats-flancs, on y finissait notre nuit. On se levait en général à 3 heures et demi du matin pour aller travailler aux champs jusqu’à midi. J’avais vingt ans, je supportais assez bien. C’est là que j’ai appris à faire la sieste après déjeuner, une habitude qui ne m’a plus quitté.

De temps à autre, l’alerte était plus sérieuse. Comme ce jour où nous avons reçu des roquettes du camp d’en face alors que nous travaillions au milieu des oliviers. Il a fallu se jeter par terre et se couvrir la tête avec les bras – comme si ça pouvait servir à quelque chose! Remarquez, je préférais encore ça à l’abri en plein champ, une galerie sombre qui plongeait sous terre où l’on respirait mal. Avec ma claustrophobie, c’était encore pire. Une autre fois, les bombes sont tombés alors que nous étions au cinéma dans le kibboutz voisin. Tout le monde est sorti, une bombe est tombée à proximité, il y a eu quelques blessés. Nous avons couru jusqu’à notre kibboutz dans la semi-obscurité, un peu affolés. Un gardien nous a vus et nous a appelés pour le rejoindre dans un abri.

Une amie israélienne qui a plus de soixante-dix ans m’écrivait l’autre jour que ce qu’elle détestait le plus, c’était lorsque l’alerte retentissait alors qu’elle était aux toilettes ! Chaque fois, elle se demandait si elle aurait le temps de se rhabiller avant qu’une roquette ne lui tombe dessus. C’est vrai que l’on a souvent des préoccupations triviales dans ce genre de situations. 

Même si, je l’avoue, je tremble plus pour les Israéliens que pour les Palestiniens, je me refuse à soutenir un camp contre l’autre. Sur Facebook, j’ai annoncé à mes amis FB qu’ils pouvaient me rayer de leur liste d’amis s’ils avaient pris faits et cause pour l’un des deux camps. Mon amie israélienne m’a envoyé un article de David Grossmann, un excellent écrivain israélien, qui fait part de son impression que le camp de ceux qui refusent de choisir est en train de grandir en Israël. Dans le monde entier aussi : sur FB, il y a un lien baptisé “Jews & Arabs refuse to be enemies” qui publie des photos touchantes de gens qui appartiennent aux deux côtés, père musulman mère juive, ou l’inverse, ou marié avec quelqu’un de l’autre camp. Les photos sont toujours touchantes et c’est la seule note d’espoir dans la situation actuelle.

Un conseil cinéma

Un conseil cinéma

cariocaJe me permets de vous conseiller un film, “The East”, un thriller écolo-terroriste, plutôt bien ficelé, bien joué, avec une fin positive originale. Vous me direz : dis donc, ce film est sorti l’année dernière ou il y a deux ans. Je vous répondrai : je sais, c’est vous dire où j’en suis de l’actualité cinéma. Pour ne rien dire de l’actualité littéraire. Ou théâtrale. A tel point que lorsque je regarde les infos à la télé, j’ai l’impression qu’elles datent déjà méchamment. Remarquez, c’est normal : quand le présentateur vous dit que Sarko est impliqué dans une nouvelle affaire, on a tendance à croire qu’il rabâche. Ou quand on apprend que Palestiniens et Israéliens se mettent sur la gueule, c’est pas du scoop non plus.

Bon, maintenant, vous faites ce que vous voulez de mon conseil, en fait c’était pour vous présenter ce gentil garçon sain et souriant.

Le point de non-retour

Le point de non-retour

blond parfaitEn 2003, je me trouvais au Chili, accomplissant le tour des Torres del Paine. Ici et là, j’ai rencontré de jeunes Israéliens. Un jour, notre guide s’est lâché à leur propos et ce qu’il en disait m’a mis mal à l’aise. J’ai demandé à notre accompagnateur, Français d’origine chilienne, si le guide était antisémite et il m’a appris que les jeunes Israéliens avaient une sale réputation, non seulement au Chili, mais dans toute l’Amérique du sud. Ils passaient pour des vandales qui ne respectaient rien. Par exemple, ils étaient réputés pour brûler les planches des lits dans les dortoirs quand ils voulaient faire un feu dans la cheminée plutôt que d’aller chercher du bois mort aux alentours du refuge.

De retour chez moi, j’ai écrit à mon amie Hanna, que je connais depuis plus de trente ans, pour lui en parler. Elle m’a transmis des écrits du professeur Leibovitch, un historien-philosophe qu’elle tient en grande estime. Selon lui, la mentalité et le comportement des jeunes Israéliens ont profondément changé depuis la guerre du Sud-Liban. Là, les soldats de Tsahal se sont, pour la première fois, comportés comme une armée d’occupation, c’est-à-dire une armée qui considère que le territoire qu’elle occupe lui appartient, que rien n’y est sacré. Pendant cette guerre, ils ont détruit quantité de maisons supposées avoir abrité des terroristes, ou simplement parce qu’elles appartenaient à des membres de leur famille qui n’avait peut-être rien à voir avec l’activité de certains de ses membres. Des études ont montré que, de retour en Israël, les jeunes Israéliens ont eu tendance à continuer à se comporter comme des vandales irrespectueux du bien d’autrui, et ce comportement s’est encore aggravé dans des pays autres que le leur.

Le soir, au refuge, j’ai discuté avec quelques-uns de ces jeunes Israéliens. Ils étaient plutôt sympas, même si je percevais parfaitement leur indifférence à mon égard. Tous ceux qui n’appartenaient à leur monde leur étaient indifférents, même si, comme moi, ils parlaient correctement l’hébreu pour l’avoir appris en Israël même. Ils étaient des étrangers pour moi et j’en étais un pour eux. 

C’est une chose, je crois, que beaucoup de Juifs à travers le monde, notamment en France, refusent de voir : les Israéliens ont profondément changé et Israël à leur suite. Ce pays qui, pendant des années, a pu donner des leçons de démocratie au monde, qui a pu constituer un exemple enthousiasmant de ce que peut devenir un pays quand il sert à réparer l’injustice et à protéger du racisme, ce pays n’existe plus que dans quelques cercles de Tel Aviv. Globalement, Israël est devenu un pays de droite, voire d’extrême-droite, qui méprise les Arabes dans leur ensemble et les Palestiniens en particulier. On entend dire et on lit des choses abominables de la part d’Israéliens, des choses inimaginables il y a vingt ou trente ans. Il y a eu un point de non-retour et je crois qu’on peut le situer exactement le jour où Rabin a été assassiné. Je me souviens comme si c’était hier de ce que j’ai ressenti ce jour-là : qu’un Juif puisse assassiner un autre Juif, un Israélien un autre Israélien, pour des raisons purement politiques, cela m’était, cela m’est toujours insupportable. Sauf qu’aujourd’hui, c’est une réalité. Je voyais aux infos des Israéliens partisans de l’intervention à Gaza insulter des adversaires de cette intervention et on sentait bien qu’il n’y avait aucune réconciliation possible. Une jeune femme disait : “Je refuse d’élever mes enfants dans un pays qui se comporte comme le nôtre”, et je crois qu’elle a raison. Un jour, elle quittera Israël. Un jour, les gens de bonne volonté quitteront Israël. Ils sont déjà une minorité agissante, ils seront demain une minorité menacée. Il existe une rupture irréconciliable entre Jérusalem et Tel Aviv, et cela ira s’aggravant.

Je ne suis pas très optimiste. Pour l’heure, Israël, paradoxalement, est le meilleur garant de l’avenir des Palestiniens. Qu’Israël disparaisse et que le Hamas triomphe, alors l’islamisme radical déferlera sur la région. Heureusement, nous ne seront plus là pour le voir.

De la bonne utilisation de “LOL”

De la bonne utilisation de “LOL”

black perfectionUn de mes amis affirme que si certains ajoutent LOL à ce qu’ils écrivent, c’est pour que ceux qui le lisent comprennent qu’il s’agit d’un second degré. J’aurais dû récemment écouter son conseil. Sur Facebook, une agence de pub locale a publié une publicité pour un quotidien réunionnais qui s’appelle d’ailleurs “Le Quotidien”. Une pub assez bien réalisée mais d’une créativité indigente : on y voit une succession de personnages en train de lire le journal et en surimpression on lit des trucs du genre “Saint-Leu 7h24″ ou “Saint-André 9h15″ ou encore “Saint-Louis 8h56″. Et la pub se termine par : “A chacun son info”. Moi, je m’attendais à ce qu’apparaisse à la suite de cette phrase une autre phrase comme : “A chacun son Quotidien”, mais non, rien. Une pub très banale, je vous dis, sans la moindre créativité. Alors, pour manifester mon peu d’enthousiasme, je commente la pub d’un “Puissant !” C’est là que j’aurais dû ajouter LOL, car j’ai reçu un Like de la part de l’agence responsable de la pub et un autre de la part du réalisateur, qui se trouve être un copain photographe, doué d’ailleurs. J’ai failli lui indiquer que j’avais commenté au second degré, mais finalement je n’ai pas osé. Il a posté un autre message un peu plus tard dans lequel il se disait assez satisfait de son film. Remarquez, sur le plan formel, il peut, le film est proprement réalisé. J’imagine juste que c’est l’agence qui lui a imposé l’idée. Enfin, l’idée…  Voilà, c’est tout ce que j’avais à vous raconter, ce qui vous donne un aperçu consternant de mon existence en ce moment. Vous vous consolerez en admirant la plastique du jeune homme qui nous accompagne.

C’est trop injuste !

C’est trop injuste !

sous le survetVu hier sur Canal un film d’Arnaud des Pallières, “Michael Kohlhaas”, un film sur l’injustice qui se déroule au XVIème siècle. Un homme s’estime spolié par un baron et se bat jusqu’au bout pour être rétabli dans ses droits, dût-il y perdre la vie, ce qui se produit. Un film assez intense, porté par Mads Mikkelsen, qui aurait gagné à plus de simplicité et de clarté dans le récit. Mais un bon film. Comme cette comédie de Pierre Jolivet, “La très très grande entreprise”, avec Marie Gillain, Jean-Paul Rouve et Roshdy Zem. Des petits entrepreneurs qui se battent pour obtenir réparation contre un grand groupe pollueur. Bon, on devine tout de suite qu’ils vont gagner, mais justement c’est ce qu’on aime, les petits David qui finissent par terrasser Goliath. Avec quand même quelques surprises et originalités dans un scénario qui aurait pu déraper à tout instant dans le super gluant. J’aime bien les films de Jolivet, c’est ce que la comédie sociale à la française fait pratiquement de mieux.

Et puisqu’on parle de David et Goliath… Franchement, y a-t-il encore quelqu’un au monde pour croire que la paix peut survenir un jour au Moyen-Orient ? C’en est désespérant de voir les uns et les autres se comporter exactement comme on l’imagine. Sur le plan militaire, Israël a certainement le dessus, mais sur le plan médiatique, c’est le contraire. Pourtant quand on pense au Hamas… Ces mecs se planquent derrière des femmes et des enfants pour balancer leurs roquettes, mais personne ne semble trouver à y redire. 700 morts pour l’instant ! Et pourtant ce n’est pas sur ce chiffre que je bloque, mais sur les 32 soldats israéliens tués. Je m’en veux, je me trouve injuste, voire immonde. Mais c’est plus fort que moi. Ma raison a beau me crier qu’Israël a plus de torts en l’occurrence que la Palestine, ou même que le Hamas, un mort israélien me touche davantage que dix morts, que cent morts palestiniens. J’envie ceux qui pour qui, sincèrement, un mort égale un mort. Moi, je ne peux pas. J’ai une dette envers Israël et je n’arrive pas à m’en considérer quitte. Elle me brouille la vue et le peu d’intelligence qui me reste. De temps à autre, la raison reprend le dessus, notamment quand je discute avec des amis, je suis capable de lister tous les torts d’Israël envers les Palestiniens, mais seul devant ma télé, avec juste ma sensibilité pour réagir sans témoin, je retombe dans l’injustice. J’ai l’impression que c’est ma libido qui prend le dessus. J’imagine tout soldat de Tsahal qui tombe à l’image de Schlomo, le héros de mon dernier bouquin. Ou comme ce mec superbe en photo aujourd’hui. La preuve, quand je vois la photo d’un soldat israélien tué et que je me rends compte qu’il s’agit d’un mec banal, je suis soulagé et ma raison reprend le dessus. Je me dégoûte. 

Un beau gâchis

Un beau gâchis

bras de gladiateurIl faudra un jour que quelqu’un m’explique comment Israël s’y est pris pour devenir, en quelques dizaines d’années, un pays aussi impopulaire dans le monde entier. Quand j’y suis allé, en 1970, à mi-chemin entre la guerre des Six-Jours et celle de Kippour, Israël était populaire dans le monde entier, sauf bien sûr dans sa région et dans les autres pays musulmans. Même les gauchistes adoptaient à son égard une attitude bienveillante : n’était-il pas le fruit de ce que le capitalisme est capable d’engendrer comme racisme mortel ? Je me souviens d’une pub d’alors qui disait : “Dites kibboutz et votre coeur bat plus vite !” Beaucoup de jeunes du monde entier venaient y travailler pendant quelques semaines et quelques mois, et encore plus de goïm que de Juifs. L’ambiance dans le pays, en dépit de toutes les difficultés, était enthousiasmante. C’était l’esprit “haloutz” comme on l’appelait, l’esprit pionnier. 

Et puis… Et puis quoi ? Brusquement le monde s’est pris de compassion pour les Palestiniens. Sauf que les Palestiniens existaient déjà depuis 1948. Tout le monde connaissait leurs malheurs, et ils étaient nombreux alors à en rendre responsables leurs frères des pays arabes voisins, qui trouvaient à Gaza et Naplouse de bonnes raisons d’entretenir la haine, ainsi qu’un vivier de fanatiques pour commettre des actes de terrorisme un peu partout. Israël aurait pu surfer sur cette double vague, la méfiance de l’Occident vis-à-vis des pays arabes et ses éclatantes victoires, pour trouver une solution qui débouche rapidement sur la création de deux Etats, et pourquoi pas même d’un seul, ça me semblait possible à cette époque. Je crois que les Palestiniens d’alors étaient plus assoiffés de paix et de disposer d’un Etat plutôt que de se venger. Certes, les responsables politiques arabes ont tout fait pour qu’un tel processus échoue, mais surtout Israël n’a rien fait pour en hâter la venue. La politique d’annexion a commencé peu après et il est vite devenu trop tard.

Quel gâchis… 

J’ai la mémoire qui flanche

J’ai la mémoire qui flanche

cow boy songeurVous connaissez cette phrase que l’on prête à n’importe quel auteur qui veut faire son intéressant quand on lui pose la question : “Que lisez-vous ?”, à quoi il répond : “Je ne lis pas, je relis.” Bon, moi, en ce moment, je relis beaucoup parce que je n’ai pas assez de fric pour acheter des livres que je n’ai pas encore lus (il arrive cependant qu’on m’en prête ou que des lecteurs, anonymes ou non, m’en envoient par la poste). Il me suffit de puiser parmi les centaines de bouquins que j’ai accumulés depuis mon arrivée à la Réunion. Certains de ces livres, je les relis pour le plaisir de les relire, parce que j’en ai aimé l’histoire, ou les personnages, ou le style. D’autres, je les relis parce que je ne m’en souviens plus. C’est d’autant plus étrange que j’ai une excellente mémoire, encore peu entamée par les pesantes années. Mais il est vrai qu’une fois sur deux, quand je prends un bouquin au hasard sur une étagère, je ne me souviens plus de ce qu’il raconte. Je parcours le prière d’insérer, parfois ça me revient, parfois non. Je relis les premières lignes, les premières pages, ça ne revient toujours pas. Au mieux, j’éprouve un sentiment de déjà vu, ou plutôt de déjà lu. Prenez par exemple le livre que je viens de commencer à relire : “Orages ordinaires” de William Boyd. Je sais que je l’ai lu parce qu’il se trouve sur une étagère dans mon bureau. Je sais que je l’ai lu parce que, dès les premières pages, deux ou trois détails éveillent un écho dans ma mémoire. Mais l’histoire dans son ensemble ne me revient pas. J’en ai déjà parcouru pratiquement une centaine de pages et je ne me souviens toujours pas de l’intrigue. C’est d’autant plus étonnant que j’apprécie les livres de William Boyd. J’en ai lu plusieurs. Son plus connu, “Un Anglais sous les Tropiques”, dont ne surnagent que quelques scènes (mais il me semble que l’histoire me reviendrait plus vite, en en lisant quelques pages, que celle que je suis en train de relire). “Les nouvelles Confessions” me revient mieux; il me semble que c’est l’histoire d’un réalisateur qui se lance dans la transcription sur écran des Confessions de Rousseau. “Comme neige au soleil” ou “Brazzaville Plage” m’évoquent une ambiance, un contexte géographique, quelques images, rien de plus. Pourtant, je le répète, William Boyd est un écrivain britannique que j’apprécie, comme David Lodge, dont j’ai également adoré les livres, mais que je serais bien incapable de vous raconter.

D’où vient cette panne de la mémoire ? Sans doute, j’imagine, de la complexité des histoires racontées dans ces livres. Les grands romans, ceux dont on se souvient le mieux, sont ceux dont le pitch tient en une phrase. Une ville et ses habitants piégés par une épidémie : “La Peste”. Un couple à la recherche de son épanouissement : “Les choses”. Un consul déchiré entre l’alcool et l’amour : “Au-dessous du volcan”. Un mec trempe une madeleine dans du thé : “A la recherche du temps perdu”. Un ambitieux piégé par la passion qu’il inspire aux femmes : “Le rouge et le noir”. Un homme transporte sur une charrette le cercueil de sa femme pour aller l’enterrer : “Tandis que j’agonise.” Une jeune femme trop fière amoureuse d’un homme trop strict : “Orgueil et préjugés”. Un esclave à la recherche de sa liberté, de toutes ses libertés : “Dolko”.

On pourrait continuer comme ça longtemps. Je vous suggère d’ailleurs de faire l’exercice avec vos romans préférés. Si ça ne marche pas, eh bien, relisez-les.

La libido, ça meurt à quel âge ?

La libido, ça meurt à quel âge ?

emporioComme tous les mecs branchés par les beaux mecs sexy et par le sexe, mais qui ont atteint l’automne de leur vie (métaphore pour décrire cet âge où neuf mecs sur dix vous disent : non, désolé, je cherche plus jeune, le dixième n’arrêtant pas de vous dire : c’est fou comme tu me fais penser à mon père), je me demande souvent quand ma libido va enfin me laisser tranquille. Quand je pourrai enfin admirer de beaux garçons à mon goût sans que se creuse en moi le gouffre amer du désir qui sait qu’il ne sera pas satisfait, quand je pourrai les regarder comme un tableau ou une statue, en admirant l’art de l’artiste sans rien sentir d’autre en moi s’émouvoir qu’une certaine fibre artistique. Je crains fort que ce ne soit pas pour demain.

L’autre jour, par exemple, j’ai discuté sur Facebook (chose que je n’aime pas faire d’ordinaire) avec un garçon que je ne connais pas, qui est devenu un ami FB depuis peu de temps. Un ami d’ami. J’ignore son âge. Peut-être la trentaine proche de la quarantaine si j’en crois sa photo, mais peu importe, l’âge n’est qu’une donnée secondaire. Il est beau garçon, sans l’être trop, avec des traits virils, ce qui est le plus important, et un corps apparemment convenable, c’est-à-dire légèrement musclé. Il était 7 heures du matin pour moi, j’étais déjà levé, 5 heures du matin pour lui, il n’était pas encore couché. Il rentrait d’une soirée dont j’imagine qu’elle avait été chaude pour le retenir debout si tard. Je ne lui ai pas demandé de détails. Nous avons discuté de choses et d’autres, des sujets sans importance comme ceux qu’abordent des mecs qui ne se connaissent pas encore et ne savent par où commencer. J’ai eu la vague impression que je ne lui était pas indifférent, même si je le soupçonne de se faire des idées (plutôt positives) à mon égard. Je n’ai pas mis de photos trop récentes de moi sur ma page FB, je suis con mais j’ai mes limites. J’imagine donc qu’il doit me croire un peu plus sexy que je ne suis. Des amis qui m’aiment bien lui ont parlé de moi et ils ont dû avoir l’adjectif avantageux. Mais ce n’est pas cela qui importe; ce qui importe, c’est que pendant quelques minutes, je me suis retrouvé dans une ambiance de drague ambiguë entre garçons, et il y avait longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Quand j’ai mis un terme à notre discussion, je me suis senti à la fois exalté par le parfum enivrant d’une aventure possible et frustré par le retour à la réalité. Depuis, j’alterne entre l’un et l’autre état. Je m’aperçois qu’au fond, c’est ce que j’ai toujours préféré dans la vie, cette ambiance équivoque entre deux garçons qui ne savent pas s’ils coucheront ensemble, qui ne savent même pas s’ils en ont vraiment envie, ou s’ils jouent à en avoir envie. Les relations inspirées par cette ambiance se révèlent le plus souvent décevantes, mais bon sang que le chemin qui mène à cette déception est plaisant !

Ceci dit, j’aimerais bien que ma libido meure et me laisse enfin tranquille. J’aurai alors l’esprit plus dispos pour penser à des choses vraiment intéressantes, comme prendre enfin la décision de me supprimer. Est-ce demain la veille ?

Israël se déclare en faveur d’un cessez-le-feu, le Hamas refuse. On pourrait en conclure hâtivement que l’un veut la paix, l’autre la guerre. Que l’un aimerait épargner les victimes collatérales et que l’autre ne se montre pas avare de la vie de ses civils. Ce serait aller vite en besogne. Il ne faut  toujours pas choisir. 

Surtout, ne pas choisir !

Surtout, ne pas choisir !

échouageAujourd’hui, choisir de soutenir Israël ou l’Etat palestinien, c’est choisir d’encourager les extrémismes. Alors il faut s’abstenir de vouloir déterminer qui a commencé. En ce moment, dans certaines rues de Jérusalem, des jeunes Juifs extrémistes font la chasse aux arabes. Et à Paris, des pro-Palestiniens attaquent des synagogues. Enfin, ce que j’en dis, c’est ce que j’ai lu ici ou là sur les réseaux sociaux. Parce que qui croire, que croire… Voir post précédent.

Je remarque quand même une chose : en Israël, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre publiquement pour manifester leur hostilité à la politique de l’Etat. Des manifestations ont lieu. Des prises de position officielles condamnent la riposte agressive et meurtrière d’Israël, la qualifiant de disproportionnée. Dommage que, de l’autre côté, on n’entende pas autant de voix pour s’opposer au bombardement absurde, et surtout terriblement inefficace sur le plan militaire, pour ne rien dire du plan politique, des villes israéliennes à coups de roquettes. Un copain m’envoie un lien au sujet d’un groupe anonyme de jeunes Palestiniens qui critiquent la politique de leur gouvernement. C’est sans doute encourageant, malheureusement c’est anonyme. Alors qu’en Israël, l’opposition est publique. Mais que représente-t-elle en nombre ? Difficile à dire, mais je doute que ce soit impressionnant. En revanche, ça l’est davantage quand on considère la personnalité de ceux qui s’opposent à l’escalade. Nombre d’intellectuels, de journalistes, d’artistes, la partie la plus vivante et la plus créative de l’Etat d’Israël. Mais bon, un intellectuel qui proteste fait moins de bruit qu’une bombe qui explose.

Je me refuse de choisir, même si cela veut dire, sur les réseaux sociaux, m’engueuler avec les pro-Israël et les pro-Palestiniens. Je m’en fous, de toute façon, ce sont tous des cons ! Vive la paix ! 

Que croire ? Qui croire ?

Que croire ? Qui croire ?

love and learnJe ne suis pas sioniste. Enfin, si sioniste signifie soutenir la politique israélienne quelle qu’elle soit. Si sioniste signifie être favorable à l’existence de l’Etat d’Israël, alors là je le suis. Forcément. J’ai passé un an en Israël quand j’avais vingt ans, à travailler dans des kibboutzim et à apprendre l’hébreu, ce pays m’a tiré d’affaire, il m’a permis d’étrangler les démons de mon adolescence, il m’a redonné une deuxième vie avec l’espoir qu’elle serait meilleure que la précédente, je serais donc bien ingrat de lui vouloir du mal. Aujourd’hui encore, quand la situation s’échauffe au Moyen-Orient, ma première réaction est de peur pour Israël. Même si, depuis longtemps, je suis atterré par la connerie de ses dirigeants et par l’aveuglement d’une partie de plus en plus large de sa population.

Prenez la situation actuelle : à qui donner raison, à qui donner tort ? A personne, bien sûr. Certes, le meurtre des trois jeunes colons israéliens a mis le feu aux poudres, mais on peut arguer du fait qu’ils n’avaient rien à faire dans des territoires qui ne leur appartiennent pas. La politique d’annexion armée d’Israël a de quoi rendre fou n’importe quel supporter modéré de l’Etat hébreu. Quand j’observe ceux qui sont aujourd’hui à la tête du pays, je ne vois que des hommes doués pour faire la guerre et incompétents en matière de paix. Si on ajoute à cela les terroristes du Hamas en face, il faudrait être fou pour miser un shekel sur un traité de paix dans le courant de ce siècle.

L’autre problème, c’est de savoir qui croire et que croire. On lit tout et son contraire sur les réseaux sociaux. En Israël, il se trouve des énergumènes pour raconter que le jeune Palestinien brûlé vif a été exécuté par les siens qui auraient découvert qu’il était homosexuel. Il s’agirait donc d’un crime d’honneur, nous disent ces radicaux juifs, oubliant en chemin que trois des suspects israéliens ont avoué. D’autres racontent que les roquettes palestiniennes sont si peu efficaces qu’il leur arrive de retomber sur leur propre territoire, provoquant des morts que l’on impute à Israël. Comme si Israël n’en tuait pas suffisamment lui-même. De l’autre côté, on n’hésite pas à balancer des photos prises dans d’autres pays, sur d’autres terrains de combat et à d’autres époques, en les faisant passer pour des images de la réalité actuelle. Les réseaux sociaux sont devenus un champ de bataille comme un autre.

J’avais espéré ici même qu’Israël se livrerait à des représailles mesurées et conscientes, à savoir régler leur compte à quelques leaders et partisans du Hamas. C’était faire preuve d’un optimisme démesuré – je me reconnais bien là ! Les représailles aveugles ont commencé et en quelques jours, Israël va sacrifier le capital de sympathie que le meurtre des trois jeunes colons lui avait valu. Vous me direz, Israël s’en fout de la sympathie d’autrui. Comme disait Golda Méir, nous préférons vos condamnations à vos condoléances. Et au bout du bout, c’est un argument auquel je ne peux qu’adhérer.

J’ai beau être en faveur d’un Etat palestinien dans les frontières reconnues par l’ONU, j’ai beau être choqué par les déclarations et les actes des dirigeants israéliens, j’ai beau être écœuré par le comportement de certains militaires israéliens, je ne serai jamais neutre ou objectif dans cette affaire. Il me suffit de recevoir un mail comme celui de mon amie Hanna, qui habite Tel Aviv, et qui me dit : “Est-il normal qu’une dame de mon âge s’inquiète, quand elle va aux toilettes, de savoir si elle aura le temps de se rhabiller si l’alarme retentit à cet instant précis ?” pour oublier tout ce que je reproche à Israël. Je précise que Hanna milite depuis le premier jour à Shalom Archav – quand je suis retourné en Israël, en 1999, je l’ai accompagnée à plusieurs manifs. Il n’empêche qu’une roquette palestinienne la prendrait aussi volontiers pour cible qu’un connard de colon.