Hier, je me suis fait défoncer l'arrière par un Cafre d'une quarantaine d'années. Avant que vous vous excitiez, je tiens à vous préciser que non, je n'ai pas repris une activité sexuelle. En fait, c'est l'arrière de ma voiture qui a bénéficié du coup de boutoir du Cafre. Il devait regarder ailleurs, j'étais immobilisé par une voiture qui voulait tourner à gauche, il a freiné trop tard, et bang! La bagnole du mec était pliée, c'était impressionnant, surtout quand on considère le peu de dégâts subis par la mienne (pare-choc enfoncé, rien de bien grave, je vous rassure tout de suite). Mais le plus délirant, c'est que je me suis retrouvé bouleversé bien au-delà de ce que justifiait la situation. Après tout, n'est-ce pas, je n'ai pas grand chose, la voiture roule normalement, je devrais me réjouir. Mais j'ai définitivement horreur des problèmes, des incidents, des petites bricoles, des ennuis, etc. C'est à se demander ce que je fous dans la vie, ce terrain de jeux de la fatalité. Déjà que l'autre jour le rideau roulant de ma chambre est tombé en carafe et je ne peux plus l'ouvrir, ce qui n'est vraiment pas très grave… Mais bon, j'imagine que lorsqu'on est dans une merde financière noire, tout prend des proportions vite flippantes. Heureusement, le type a été correct, il a reconnu ses torts (remarquez, emboutir une voiture par l'arrière offre peu de possibilités à des versions fantaisistes), j'ai rendez-vous avec lui chez le garagiste ce matin pour régler ça à l'amiable. Il ne veut pas perdre son bonus. Et coup de bol aussi, un ami passait dans le coin et m'est venu en aide en me rappelant tout ce que je devais faire, notamment un constat. Moi, ma première envie, c'était de m'éloigner au plus vite du lieu du "drame", histoire de pouvoir le nier. Vous avez bien le bonjour de l'autruche !
J'aime bien la photo d'aujourd'hui. On pourrait s'imaginer en vacances dans une île grecque. On rentrerait chez soi, ou on irait quelque part, bref, on passerait, et on aurait pris cette ruelle par laquelle on ne passe jamais. Et là, au milieu de la ruelle, il y a ce garçon, beau comme un dieu, qui attend on ne sait quoi, peut-être que le destin lui dise ce qu'il fait là. Et vous pensez que son destin, ce pourrait être vous. Mais vous n'y croyez pas trop, vous n'avez pas vraiment une gueule de destin. Vous avez le souffle coupé, ce qui explique que vous marchiez lentement. En fait, vous voudriez continuer à marcher sans jamais avancer, vous rapprocher imperceptiblement de ce merveilleux garçon en maillot vert appuyé contre le mur blanc, que l'on devine légèrement frais grâce à l'ombre. Vous en êtes déjà malade de penser que vous allez dépasser le beau garçon en le regardant brièvement dans les yeux, puis vous allez devoir vous éloigner, le coeur battant, la poitrine déchirée, écartelé par un chagrin que vous n'aviez pas vu venir, en proie à un malheur épouvantable comme une injustice. Vous avez envie de crier, de pleurer, d'aller vous jeter dans le port. Et lui, il lui suffirait d'un sourire, d'un regard appuyé, d'un geste, d'un bonjour murmuré, il pourrait enchaîner par une question dont vous devinez que ce qui l'intéresse, ce n'est pas votre réponse, mais que vous lui répondiez, car il a envie de parler avec vous, un instant, puis de s'éloigner à votre côté, vers quelque part, à vous de décider où, mais vous seriez incapable de réfléchir, vous penseriez surtout à ses fesses sublimes gonflant son maillot vert, et aussi à son paquet prometteur que vous avez entrevu, et vous humeriez déjà son odeur d'homme jeune et beau, un mélange de sueur et de rut, et vous seriez heureux comme vous ne l'avez jamais été, vous remercieriez Dieu et les dieux, et vous auriez envie de crier, de pleurer, d'aller vous jeter dans le port. En Grèce, les histoires changent, la fatalité reste.