December 20, 2008

20 décembre

Le 20 décembre est probablement le seul jour de l'année où la Réunion n'est pas très réunie. Ce jour-à, on célèbre l'abolition de l'esclavage, il y a plus d'un siècle et demi. La Réunion a un passé esclavagiste, nul ne peut le nier. Mais on peut se demander ce qui se passerait, ou se serait passé, si certains n'avaient pas entretenu depuis des années et des années cette mémoire d'une manière plus ou moins artificielle. Je veux bien que les humiliations et les sévices laissent des traces durables. Mais si un jeune Juif de vingt ans peut s'informer de la Shoah auprès de ses grands-parents, qui l'ont peut-être subi de plein fouet, aucun jeune Créole ne peut interroger au sujet de l'esclavage un membre vivant de sa famille.

Le 20 décembre, on peut sentir ici et là, dans l'île, une certaine tension. Les communautés, mine de rien, s'évitent. Une copine, qui porte un des noms les plus célèbres de la Réunion, un nom lié à Madame Desbassyns, me racontait que lorsqu'elle était enfant, ses parents ne l'envoyaient pas à l'école ce jour-là. Car le rappel de la honte échauffait certains esprits - il faut dire que les petits coups de rak y étaient aussi pour quelque chose.

L'esclavage n'existe plus en France. Il n'y a plus de survivants de cette époque. Alors pourquoi en perpétuer le souvenir à travers un jour férié ? Les livres d'histoire ne suffisent pas ? Lorsque le dernier poilu est mort, récemment, j'ai pensé, assez naïvement, que l'on allait cesser de commémorer le 11 novembre. Est-il nécessaire de rappeler chaque année qu'entre les Allemands et nous, cela n'a pas toujours été une lune de miel ? Si encore cette guerre avait été la dernière… On pourrait comprendre qu'on célèbre avec le souvenir de l'armistice la fin de toute hostilité.

Il en est du 20 décembre comme du 11 novembre. Tout le monde se fout plus ou moins du rappel historique, mais personne n'a envie de voir disparaître du calendrier un jour férié. C'est sans doute humain, mais cela n'a rien d'admirable.

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