August 14, 2010
Beau et Sexy sont dans un bateau
Je me rends compte, au sujet de Camille Lacourt, que beaucoup d'entre vous, mais aussi certains sites gays, font une confusion navrante entre ces deux adjectifs. Ils emploient l'un ou l'autre indifféremment, alors qu'ils n'ont rien à voir. On peut être beau sans être sexy, et inversement. Il y a des gens laids qui sont furieusement sexy, et des gens beaux qui ne le sont pas. C'est pourtant simple : un beau garçon est quelqu'un dont les traits répondent aux canons habituellement admis de la beauté, avec quelques variations ici ou là; un garçon sexy est quelqu'un qui vous fait immédiatement penser à des choses sexuelles que vous aimeriez bien faire avec lui.
Par exemple, quand vous me voyez, vous vous dites : il n'est vraiment pas beau, et s'il me touche je crie ! Ce qui prouve que je suis moche et pas très bandant.
Pour mieux vous éclairer encore, voici quelques exemples. Gourcuff est un très beau garçon, mais qui songerait, en le voyant, à lui faire des choses cochonnes très précises au niveau des hanches. Galfione a été (est encore) l'un des plus beaux garçons que j'aie jamais vus, mais j'ai toujours eu plus envie de le voir se doucher chez moi, ou dormir près de moi dans mon lit, ou de me montrer au Tea Dance du Palace en sa compagnie qu'à le culbuter dans une back room rue du Perche. Ou encore Ribéry… (non, là, je déconne !)
Prenez le garçon en photo. On le devine beau. On le suppose sexy. Mais avant de vous prononcer définitivement, attendez qu'il se retourne.
J'ai lu hier un roman de Beigbeider intitulé "Un roman français". Reconnaissons-le : c'est plutôt bien écrit, même si ça renonce rarement à des facilités de plume. Mais d'abord, est-ce vraiment un roman ? FB nous y raconte les deux nuits qu'il a passées au poste après s'être fait piquer en train de sniffer de la coke sur le capot d'une voiture. On se doute bien que la prison est une expérience désagréable, voire traumatisante. Personnellement, j'ai passé une nuit en cellule quand j'avais 22 ans. C'était au Canada, c'était l'hiver, il faisait très froid, j'auto-stoppais, j'étais parvenu à la nuit tombée dans une petite ville et je cherchais à dormir en dépensant le moins de fric possible. Je me suis adressé au commissariat, les flics m'ont dit : revenez vers sept heures et quand je suis revenu, ils m'ont enfermé dans une cellule pour la nuit, en compagnie d'un clodo, avec la lumière allumée tout du long. C'était un enfermement volontaire de ma part, n'empêche que je n'ai pas très bien dormi. J'imagine bien qu'on peut devenir fou quand on est enfermé contre son gré, même si on a fait les conneries nécessaires pour l'être. Bon, revenons à FB : ses deux nuits au poste lui redonnent toute la mémoire de son enfance. Proust, lui, préférait les madeleines. Question de goût. D'ailleurs, FB n'est pas MP. Même s'il ne manque pas de prétention. Il a le culot d'écrire, page 183 (on lui a demandé de pisser dans un gobelet pour analyser son urine) : "… je suis incapable de fournir une goutte à la maréchaussée. Je ressors des toilettes avec mon verre vide à la main. Il y a devant moi une quinzaine de policiers en uniforme, tous consternés par cette situation : l'un des auteurs français les plus traduits dans le monde, arrêté pour avoir fait la fête, n'arrive pas à pisser dans leur gobelet." Oui, on imagine bien que c'est cela qui cause la consternation de la gent policière : "l'immortel auteur de 99 francs", comme FB aurait pu s'appeler lui-même, dans "miction impossible". On l'aurait aimé plus modeste. Car franchement, son goût pour la bonne littérature ne garantit pas la qualité de la sienne. C'est très complaisant comme livre. Sans l'aide de Canal et la complicité de quelques chroniqueurs, FB pourrait-il réellement se faire passer pour ce qu'il n'est pas : un dandy, arbitre des élégances et des modes, qui, rentrant chez lui à six heures du matin, après avoir vu le soleil se lever sur Paris, se met à écrire des lignes immortelles… Non, FB est un bon faiseur, un sympathique témoin des petites dérives parisiennes, et c'est déjà beaucoup. J'aimerais pouvoir en dire autant (je vous signale que c'est là que vous intervenez pour dire : mais si, Jean-Paul, tu peux en dire autant, voire plus !). Il faut tout vous dire, c'est d'un lassant !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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