March 15, 2010

C'est bon de se sentir un peu con !

roger035Hier soir, au Séchoir, j'ai vu un film de Jim Jarmusch, "The limits of control", avec, entre autres, Isaac de Bankolé. C'est un film surprenant, dont les dialogues tiendraient au dos d'une enveloppe, vu que certaines phrases reviennent en boucle("La vida ne vale nada"…). On y voit un homme aller de lieu en lieu, de rencontre en rencontre, où il reçoit chaque fois une boite d'allumettes Le Boxeur, rouge ou verte, dans laquelle il y a un petit bout de papier avec un code marqué dessus, qu'il avale après l'avoir lu à l'aide de l'une des deux tasses de café qu'il commande en même temps. Il se rend à Madrid, puis à Séville, puis dans un bled paumé de la sierra, et on finit par deviner qu'il va sans doute tuer quelqu'un. En effet, il finit par arriver devant une villa isolée entourée de gardiens armés. Lui, il n'a qu'une corde de guitare, mais ça lui suffit, il est comme Enrique Sagarra, le copain d'OSS 117. Là où le mec est malin, c'est que tout son parcours est tellement ennuyeux qu'on doute qu'un flic ait jamais envie de le retracer pour lui mettre la main au collet. Bien joué, l'assassin !
Le film distille un ennui d'une merveilleuse qualité, c'est à peine si on entend les bâillements des autres spectateurs. En revanche, leur perplexité nous est sensible. Personne n'ose se retourner vers son voisin, sans doute de peur de voir sur un visage un intérêt passionné pour le film qu'il est loin de partager. A la fin, tout le monde s'esquive discrètement, histoire de ne pas avoir à dire tout haut ce qu'il en pense, mais je suis sûr que si quelqu'un s'était écrié : "Non mais quelle connerie!", tout le monde aurait été soulagé. Sauf deux ou trois qui auraient regardé l'intrus avec ce mépris du cinéphile envers le spectateur qui a pris du plaisir à regarder un film.
Je crois me souvenir que les critiques du Cercle n'avaient pas démesurément apprécié ce film et je me demande bien pourquoi. Il est presque aussi chiant que celui d'Axelle Ropert, "La famille Wolberg", qu'ils avaient adoré - mais c'est vrai que elle, c'est une copine à eux.
Quand on sort de la salle après avoir vu ce film de près de deux heures, on sent que le temps a pris une nouvelle dimension. La nuit contient plus que la nuit, il en émane un mystère troublant, déconcertant, dont on s'aperçoit Dieu merci assez vite que c'est juste parce qu'on a faim.

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