August 29, 2008
Chère Marguerite !

Hier, je me suis mis en rogne contre un type qui m'écrivait, après une malencontreuse tentative d'humour de ma part, qu'il décidait lui-même de ses lectures, et que la littérature gaie en faisait rarement partie. Un mail plus tard, il me jetait Yourcenar à la figure, comme exemple de ce que pouvait être pour lui (à la rigueur, j'imagine) la littérature gaie. Ne trouvant personne pour lui arriver à la cheville, il préférait s'abstenir et lire "autre chose" (les guillemets sont de moi).
J'estime que ce garçon a tort. L'oeuvre de Yourcenar n'a rien à voir avec la littérature gaie. Ce n'est pas parce que "Les Mémoires d'Hadrien" fait partie des cinq ou six livres qu'a lus une majorité d'homos que cela le classe dans la littérature gaie. Sinon, cela nous contraindrait à y classer aussi Marc Lévy, P.D. James ou Anne Gavalda.
Là où mon correspondant a encore tort, c'est lorsqu'il me place dans les parages de la grande Marguerite. Nous n'avons rien à voir, elle et moi. Elle est un écrivain, je suis quelqu'un qui écrit, pas toujours avec le talent qu'il aimerait, des livres qui lui tiennent à coeur. Tout au plus peut-on me reconnaître une certaine forme de sincérité et de cran dans ce que j'écris. Pour le reste…
Quand j'étais à la fac, en 1968, j'ai correspondu pendant quelques années avec Marguerite Yourcenar, à la suite d'une coïncidence trop longue à raconter (mais si vous insistez…). Nous nous sommes écrits trois fois l'an environ et quand je suis allé aux Etats-Unis, en 1972, elle a accepté de me recevoir pour une journée à Petite Plaisance, sa maison dans l'île des Monts Déserts. L'entrevue n'a pas eu lieu. Je revenais du Canada, sans un sou, et les flics américains ont refusé de me laisser entrer dans leur pays, de peur d'avoir à me 'supporter'. La rencontre de Marguerite et de Jean-Paul n'a pas eu lieu, et je suis sans aucun doute le seul à le déplorer. La preuve : nulle part dans ses Mémoires elle ne parle de moi ! Le seul Tapie qu'elle cite, c'est Bernard, et pas pour en dire du bien.
Voilà, c'était notre anecdote : "Moi aussi, ma chère Geneviève, j'ai connu du beau monde !"
L'illustration d'aujourd'hui, Bill Simpson, est en hommage à mon ami J.E.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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