September 5, 2010

Danton et Robespierre

brutos3342209Hier, répondant à un copain au sujet de mon post sur Eva Joly, j'ai été amené à émettre une réflexion spontanée qui ne me paraît pas tout à fait idiote - et cette occurrence est suffisamment rare pour avoir envie de la partager avec vous ce matin.

Je lui faisais donc remarquer que les Français me paraissent constamment déchirés entre leur envie d'être Robespierre et leur tendance naturelle à être Danton. Robespierre, c'est le devoir, le principe, la moralité, bref, la vertu avec ce qu'elle a de lourd, de rigide, d'intransigeant et de dogmatique. Cette vertu vise à la justice. Nous aimerions tous voir condamnés les escrocs et les profiteurs, les menteurs et les hypocrites. Mais pour ce faire, il faut de la constance, de l'acharnement, ce qui signifie parfois de la contrainte et de la rigueur. C'est très vite lassant, la vertu. Plus ou moins rapidement, le goût du plaisir (notre côté Danton) reprend le dessus. Une certaine apathie nous saisit, la lassitude d'édicter des règles morales infranchissables. L'envie nous vient de dire : oui, bon, tant pis, après tout, ce n'est pas si grave… Nous aimerions être vertueux, et nous le serions certainement si cela ne nous coûtait pas autant d'efforts, mais comme la vertu est une occupation à temps plein, nous n'avons pas le choix. Alors, très vite, Danton prend le dessus sur Robespierre, et nous renonçons à la justice par goût de la liberté. Apparemment, ces deux aspirations ne sont pas complémentaires.

Remarquez, si on va jusqu'au bout, il faut bien reconnaître que ça finit par un match nul : Danton et Robespierre ont tous deux terminé sur l'échafaud.

C'est pourquoi je ne crois pas à la réussite d'Eva Joly. Des gens comme moi la soutiendront, mais il viendra forcément un moment où nous aurons envie de lui dire: écoute, Eva, lâche un peu l'accélérateur, merde, quoi,  il fait beau, il y a du vin blanc dans le frigo, on repartira plus tard à la chasse aux méchants… Et Eva, logiquement, nous dira non, nous harcèlera pour continuer la traque, jusqu'au moment où nous nous rendrons compte qu'il est plus simple de l'envoyer balader avec ses principes gonflants plutôt que de nous épuiser à chasser l'injustice de ce bas monde, nouveau tonneau des Danaïdes.

Voilà, c'étaient les cinq minutes de réflexion intense de Jean-Paul Tapie ce mois-ci. Dès demain, je recommence à dire des conneries, promis. D'ailleurs, pas besoin de promettre, elles me viennent malgré moi sous la plume !


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Commentaires sur Danton et Robespierre »

September 6, 2010

sameplayerparis @ 2:22 pm

Je me demande si ce que tu décris là, à fort juste escient me semble t'il, n'est pas, finalement "le génie français". Un certain sens de l'équilibre qui finit par se rompre et nous fait toujours verser du mauvais côté, à la fin de l'histoire. Mais en espérant bien qu'on finira quand même par s'en sortir.

Hans @ 2:59 pm

@tapie et sameplayer
Ce n'est pas "français", c'est infantile.

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