July 31, 2010
Fire Island
Je lis régulièrement un blog intitulé auroyaumedesaveugles.com, écrit pa un Américain francophone, et probablement francophile. Il possède une maison à Fire Island, dans la colonie de Pines, où je suis allé deux fois, invité par Don, un ami de Washington. J'ignore son âge, mais j'imagine qu'il doit osciller aux alentours du mien. Il fait visiblement partie de ces gays américains riches et plutôt bien dans leur peau. Ils affichent une décontraction qu'on chercherait en vain chez des homos français du même âge et de même niveau social (pour moi, le parangon du vieux pédé français friqué, c'est Pierre Bergé, quelqu'un d'admirable, sans aucun doute, mais qui donne quand même l'impression de quelqu'un de coincé, d'agacé, d'excédé en permanence - et un peu méchant sans doute sur les bords). L'auteur du blog nous parle de sa vie dans sa maison en ce moment. Bien entendu, comme tous ceux qui ont une maison à Fire Island, il a beaucoup d'amis ! On supporterait n'importe qui (même Pierre Bergé !) pour le plaisir d'être invité en cet endroit. Je me souviens que l'avocat chez lequel nous allions, Don et moi, était plutôt insipide - et un rien peloteur. La vie de ce bloggeur à Pines est très "american gay way of life". Il nous parle de cocktails, de soirées mondaines où l'on s'adonne à la charité. Comme il le dit, les garçons les plus beaux que l'on y rencontre sont des serveurs qui rêvent de devenir acteur ou mannequin. J'ignore pourquoi les endroits gays américains ont l'art d'attirer parmi leur personnel de superbes garçons, comme celui qui est en photo aujourd'hui. Peut-être parce que les gays américains friqués n'hésitent à mettre le pied à l'étrier à ces garçons, même sans les glisser auparavant dans leur lit. Peut-être aussi parce que les beaux garçons américains ambitieux n'hésitent pas à travailler comme serveurs, sans craindre de déchoir. En France, un beau garçon sans grand talent mais avec beaucoup d'ambition, refusera de servir à table en attendant un hypothétique mécène. Il préfèrera attendre attablé à la terrasse qu'un homme riche et influent s'assoie à côté de lui. Question de mentalité.
Bref, en lisant le blog de cet Américain, je ne peux me défaire d'un sentiment d'envie. Pourtant, ce genre de vie n'est pas franchement celui dont j'ai toujours rêvé. Mais bon, regardons les choses en face : quand on est un homo de plus de soixante ans, que peut-on espérer de mieux que de vivre dans un bel endroit, dans une belle maison où l'on reçoit des gens avec qui on fait semblant de s'entendre à merveille, et où l'on va chaque soir prendre un verre dans des endroits que fréquentent de beaux garçons avides et (souvent ? parfois ?) accessibles…
Je n'ai pas la réponse à cette question, mais je sais au moins une chose : la vie que je mène actuellement n'est pas celle qu'il m'est arrivé de rêver autrefois.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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