April 21, 2010
Hanté par une photo
Je ne sais plus quel âge j'avais. Etais-je encore ce bel enfant aux boucles blondes ? Ou étais-je déjà devenu ce superbe adolescent, rieur et effronté ? Ce qui est certain, c'est que cela se passait avant que l'on prenne cette photo de moi qui orne aujourd'hui ce post…
Sérieusement, ce devait être à la fin des années 50 ou au début des années 60 (oui, j'étais déjà né, Ducon! Et foutez-moi ces calculettes à la poubelle, j'ai 60 balais, ne vous en déplaise!) Bref, c'était dans Paris-Match, ça, j'en suis sûr. J'en mettrais ma main droite à couper, et pourtant, Dieu sait que j'en ai besoin, aujourd'hui, de ma main droite ! Donc, c'était dans Paris-Match. Un reportage sur une expédition 100% féminine, quelque part dans l'Himalaya. Les deux meilleures du groupe partaient à l'assaut du sommet. On voyait, au premier plan, une partie du campement, avec quelques femmes. Et à une vingtaine de mètres de là, sur le chemin, de dos, deux jeunes femmes encordées. Elles ne devaient jamais revenir (vous pensez bien, des femmes, s'attaquer à un plus de 8000…). Je crois me souvenir que l'une d'elles portait un nom belge, Van quelque chose… L'image est très nette dans ma mémoire. Anodine, et pourtant inoubliable : ces deux femmes hardies vont mourir, elles ne le savent pas. Elles le redoutent probablement, mais cela ne les arrête pas. C'est la dernière image que l'on a d'elles. Ensuite, elles ont disparu à jamais. Avalées par la terre.
A la fin des années 90, je me trouvais au Pakistan, avec mon ami Philippe. Dans la vallée du Baltoro. On partait voir le camp de base du K2, à Concordia Platz. Dans le dernier poste de police, il y avait un énorme log-book où l'on devait inscrire son identité et ses coordonnées. J'ai regardé ceux qui nous avaient précédé la même semaine et j'ai vu le nom d'Eric Escoffier. Je le connaissais un peu pour avoir fait un film de pub avec lui, dans les calanques de Cassis, pour "Lune de miel". Il était très beau à cette époque. Ensuite, il a eu un accident de rallye automobile, il a failli devenir tétraplégique et a réussi à s'en sortir par la volonté. Il ne pouvait plus faire de free climb, alors il ascensionnait de hautes montagnes. Il se rendait au Broad Peak, un plus de 8000, juste au-dessus de Concordia Platz. Il était encordé avec une amie. Un himalayiste polonais qui les précédait les a aperçus, pour la dernière fois, sur la longue crête qui mène au sommet. Quand il s'est retourné la fois suivante, il ne les a plus vus. Ils avaient disparu. On ne les a jamais retrouvés.
C'est ainsi que je voudrais disparaître. Bon, l'Himalaya, c'est trop haut pour moi, il ne faut pas y compter. Je vais tenter ma chance avec un massif alpin. Genre le Queyras. M'étonnerait avec ça que je fasse les gros titres et que je passe en photo dans Paris-Match…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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