March 4, 2009

Hein, Justice ?

Quand j'étais ado, j'avais un prof de français qui nous précisait, en début d'année, comment présenter nos copies. Il ajoutait : "Mettez les points sur les i, les points sur les j, les accents sur les e… Votre mère vous servira du poisson salé, mais certainement pas du poisson sale. Et dans un tribunal, mieux vaut être du côté des juges que du côté des jugés…" Le tout avec un accent qui lui avait valu d'être surnommé Ouin-Ouin.

Il avait raison : vaut mieux pas être en ce moment du côté des jugés. Demandez à Florence Cassez, cette Française emprisonnée au Mexique. J'ignore si c'est à tort ou à raison, j'ai entendu l'une et l'autre version sur les ondes. Mais rejuger quelqu'un condamné à 90 ans de prison et ramener sa peine à 60 ans, c'est se foutre du monde. Je ne sais pas si c'est, comme le dit la défense, pour faire un affront à Sarko qui se rend là-bas un des ces prochains jours (pourquoi l'inviter si c'est pour l'humilier ?). Mais annoncer à quelqu'un qu'au lieu de sortir de taule à l'âge de Jeanne Calment, il en sortira à la veille de ses 90 balais, faut avoir le sens de l'humour. C'est peut-être ça, le fameux humour aztèque.

Hier, au Grand Journal, il y avait un mec qui s'appelle Marc Machin et qui a été accusé à tort d'un crime pour lequel il a fait sept ans de prison, en dépit d'un dossier plutôt vide. Le mec a écrit un livre. Je l'ai trouvé d'une étonnante densité (le mec, pas le livre). Il répondait aux questions assez banales du plateau en pesant ses mots, en réfléchissant avant de répondre, en contrôlant son vocabulaire, sa voix. Je l'ai trouvé très impressionnant. Fascinant, aussi, parce que lui seul sait l'exacte et entière vérité. Après tout, il avait avoué les meurtres. Alors… Anecdote piquante : Ali Badou, ce pince-sans-rire, lui dit "Cette affaire vous a privé de votre identité…" Ben, quand on s'appelle Machin, l'identité, ça doit être une notion assez variable, non ?

A Uckange, une mère poignarde sa fille et demande à son fils de cinq ans de s'accuser à sa place. La justice, brave fille (à défaut d'être bonne mère), ne retient pas l'accusation de tentative de meurtre. Coups et blessures. La jeune mère était stressée, seule pour élever ses deux gosses. Je veux bien, là encore je ne connais pas le quotidien de l'affaire. Je peux admettre, à la rigueur, qu'une mère poignarde son gosse (sans le droit à l'infanticide, élever des enfants peut être un enfer). Mais qu'elle demande à son mouflet de cinq ans de s'accuser… Moi, je lui trouve du sang-froid, à cette maman-là. Faudra en reparler quand le gosse aura quinze ans.

Bon, moi je dis ça, je dis rien (j'adore cette expression!).

Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par

Lien permanent Commenter

Laisser un commentaire