June 27, 2011
Jamais content !
Un quotidien local de la Réunion consacre une demi-page à mon dernier ouvrage, "Les cendres vagabondes", paru chez Orphie. Très flatteur : intrigue passionnante, excellent style, un vrai moment de plaisir. Il y a de quoi être (enfin) content. Oui. Seulement, il y a trois lignes vers la fin qui me crispent au-delà du raisonnable. La journaliste écrit quelque chose comme : "Quelques scènes de drague homo racoleuses… Mais il est vrai que l'auteur est "du bâtiment"…" Plus une allusion à Roger Peyrefitte et au sexe sans amour.
Ma première question est : quel âge a cette fille ? Probablement celui de ma mère, parce que pour utiliser une telle expression (c'est qu'elle me traiterait volontiers d'inverti, la mâtine !) et user d'une telle référence littéraire, il faut avoir sauté sur les genoux de Clémenceau !
Bon, ensuite, les "scène de drague homo racoleuses". Je ne crois pas, moi, que dans un livre destiné au grand public des "scènes de drague homo" soient "racoleuses". Je pense qu'elles sont même plutôt du genre à faire fuir le lecteur, ou plutôt la lectrice pudibonde et bien-pensante. La journaliste aurait-elle usé de cette expression s'il s'était agi d'une scène de drague entre un mec et une fille ? En aurait-elle seulement parlé ? Non, bien sûr. Mais c'est que, pour tous ces gens, l'homosexualité n'est plus un sujet tabou à partir du moment où l'on n'en parle trop précisément, où l'on se contente de quelques clichés, de vagues allusions et de navrantes banalités. Les scènes en question (j'en vois trois, a priori, n'excédant pas 5 pages en tout sur plus de 300) sont relativement décentes, surtout quand on sait jusqu'où peuvent aller les gays (et jusqu'où moi-même je peux descendre !). On aurait pu les trouver dans n'importe quel autre livre. Même dans un Musso ! Rappeler à ceux qui ne le savent pas que je suis pédé ("du bâtiment" !) est une atteinte à la vie privée. Cela n'aide nullement à lire et à comprendre le livre. Au contraire, cela risque de décourager des lectrices un brin farouches. D'ailleurs, au cas où cela ne serait pas suffisamment clair, la journaliste insère dans son article la biographie qui accompagne mon blog (et qui n'est pas celle qui figure sur la quatrième de couverture du livre). Quand on replie le journal, on sait à quoi s'en tenir sur mon compte. Non que cela me dérange : je n'ai jamais caché mon homosexualité. Mais j'aimerais que l'on en parle uniquement lorsqu'elle est concernée. Comme dans "Dolko", dans "Le fils de Jean" ou "Un goûter d'anniversaire". Dans "Les cendres vagabondes", un seul personnage est homo. Cela n'en fait certainement pas un "roman gay". Mais cela fait incontestablement de moi une pédale qui écrit.
Bon, si ça me ramène un seul lecteur mignon et sexy, avide me mieux me connaître, je pardonnerai à cette vieille dame de 86 ans !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Jamais content ! »
Mes liens ont la parole | MatooBlog @ 4:44 pm
[...] été interloqué par le récit que fait Jean-Paul d'un article qu'il a eu dans un quotidien réunionnais pour son dernier roman. Son bouquin n'est pas [...]