April 8, 2010
Je suis une fraise Tagada
Les chats ont neuf vies, à ce qu'on raconte. J'ignore combien nous en avons, nous autres humains, et si nous en avons tous le même nombre. Pour ce qui me concerne, j'ai l'impression que je suis arrivé au terme de toutes mes vies. Ma vie sentimentale n'a jamais vraiment démarré; ma vie professionnelle est dans un cul de sac; ma vie littéraire en panne; ma vie sociale part en quenouille, ma vie sportive en vrille et ma vie financière en couille. Il ne reste plus que ma vie affective. Pour une raison que j'ignore, mes amis continuent de m'aimer bien et me donnent parfois l'impression que je leur suis d'une quelconque utilité. Je me dis que, si je disparaissais, ils en ressentiraient peut-être un durable chagrin. Mais je me leurre. Le chagrin passerait vite, si vite qu'ils en seraient probablement eux-mêmes un peu gênés, mais bon, c'est la vie. Je suis comme les fraises Tagada : tant qu'il y en a, on se régale, mais quand le paquet est terminé, on se dit que c'est mieux comme ça, que de toute façon ce n'est pas nourrissant et même, finalement, un peu préjudiciable à la santé.
Mis à part ça, j'ai formé hier un nouveau projet : le tour du Queyras début juin, en solitaire. J'irai de ferme en ferme, parlant avec les paysans de choses qui les intéressent : l'arrivée de l'électricité dans la vallée; un projet de ligne de chemin de fer à vapeur jusqu'à Briançon; le fils aîné qui est parti soldat en septembre dernier; l'Allemagne qui menace à nouveau de réarmer; cette nouvelle selon laquelle un savant aurait mis au point un vaccin contre la rage… Et puis, quelque part au cours du circuit, je disparaîtrai, silhouette chaplinesque avalée par l'immensité de la montagne. Dans cent ans, on parlera encore de ce fantôme errant dans les alpages, les nuits de pleine lune, sodomisant les jeunes bergers dans les pâtures…
Bon, je vais me refaire un café !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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