July 19, 2009
La drückerisation
Comme la chaptalisation et la pasteurisation, la drückerisation est un procédé chimique de transformation et d'amélioration de la nature. Pasteur, c'est le lait; Chaptal, c'est le vin; Drücker, ce sont les êtres humains. Je n'ai rien contre lui. Contrairement à beaucoup d'animateurs télé, il est ce qu'il a l'air d'être : un mec sympa. Il ne saurait pas être méchant, dit-il, et il ne ment pas. Donnez-lui Le Pen (par chance, il ne le recevra jamais), au bout d'une demi-heure, vous l'appelez Jean-Marie, et JM au bout d'une heure. Il est devenu comme un tonton un peu grognon, un peu ronchon, mais au bout du compte, il n'a pas toujours tort, vous savez…
La drückerisation est un phénomène à la mode. Je suis en train de lire un livre d'Anne Gavalda. Mes amis, qui sont généreux, me disent qu'elle vaut mieux que Musso ou Lévy. Ah bon ? D'accord, elle recourt moins que ces deux-là aux extraterrestres, à la télétransportation ou au surnaturel. Mais où avez-vous jamais rencontré des gens qui ressemblent à ses personnages ? Nulle part, sauf peut-être sur le plateau de Michel Drücker. Ce sont des gens qui, hors des romans de l'une ou du plateau de l'autre, redeviennent des gens ordinaires, banals, transparents. Comme nous tous. Nous qui, malheureusement pour notre propre estime, se serons jamais invités chez l'un ou portraiturés par l'autre.
Dans "La consolante", pour faire moderne, ou littéraire, je ne sais, Anne Galvada supprime volontiers les pronoms personnels. Pourquoi pas ? Mais alors, dans ce cas, pourquoi conjuguer les verbes ? Pourquoi accorder les féminins et les pluriels ? Ne serait-il pas plus simple de lister les mots au début de la phrase, et au lecteur de les remettre en ordre de marche ? C'est un peu ridicule comme procédé. Et ça gâche le peu d'intérêt que je pourrais encore trouver à son histoire.
Oui, je sais, je critique volontiers, j'ai la plume méchante, l'âme fielleuse, le coeur aigri. Je ne dois pas être suffisamment drückerisé, sans doute. Je manque de drückerisme. Il faudrait que je prenne du Drückeral 120. Chouette, ce n'est même pas sur ordonnance !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur La drückerisation »
je te cite "Anne Galvada supprime volontiers les pronoms personnels. Pourquoi pas ? Mais alors, dans ce cas, pourquoi conjuguer les verbes ? Pourquoi accorder les féminins et les pluriels ? Ne serait-il pas plus simple de lister les mots au début de la phrase, et au lecteur de les remettre en ordre de marche ?"
la réponse est dans la question : parce qu'Anna Gavalda n'est pas William Burroughs.