June 7, 2008
La mort du roman gay ?

A une époque où il ne jouait pas encore les ayatollahs de la culture gay, Pierre Salducci m'avait demandé de participer à une oeuvre collective sur le thème de la littérature gay. Cela s'intitulait "Ecrire gay" et y avaient participé des auteurs aussi différents qu'Edmund White ou Guillaume Dustan.
Je me souviens avoir écrit que l'homosexualité me semblait fournir deux sujets spécifiques : la découverte de sa sexualité, qui s'accompagne souvent d'un sentiment de deuil et de souffrance; l'homophobie, qui souvent suit immédiatement la découverte et parfois s'éternise.
Un troisième sujet, fortuit celui-là, s'y est ajouté avec l'apparition du sida. Mais s'agit-il d'un sujet spécifiquement gay ? Je ne crois pas. En tout cas, plus maintenant. De toute façon, le sida est lié à la sexualité, pas au fait d'être homo.
En dehors de ces deux sujets, donc, que peut proposer d'original l'homosexualité, sinon la sexualité homo ? Je vois mal apparaître un jour un Marc Lévy ou un Guillaume Musso gays. L'amour, chez les gays, ne revêt pas l'aspect tragique qu'il peut connaître chez les hétéros, tout simplement parce que les gays sont des hommes, et que les hommes, d'une manière générale, sont moins focalisés sur l'amour que les femmes. Je dis bien, d'une manière générale. Les hommes sont davantage dans le désir et le plaisir que dans le sentiment.
J'ai été frappé par un message de félicitations d'un jeune lecteur qui m'avouait n'avoir jamais eu envie auparavant de lire ces romans qui traitent du malheur d'être gay, de la peur de le vivre ouvertement, car cela ne correspondait pas à sa génération.
Au bout du compte, il m'apparaît, aujourd'hui, que le seul sujet susceptible d'être développé dans la littérature gay est bien celui de la sexualité, du plaisir, du désir, de la jouissance, n'en déplaise aux peine-à-jouir de la communauté. C'est pourquoi, je l'avoue sans fard, je n'éprouve aucun embarras à écrire sur ce sujet. Dans quelques années, je suis convaincu que Dolko sera considéré comme un personnage récurrent de cette littérature. Car ne trouvez-vous pas étrange que depuis le temps que des gays écrivent sur eux-mêmes et sur leur sexualité, il n'existe pas encore un seul héros capable de rivaliser avec ceux de la littérature générale ? Bon, je ne veux pas péter plus haut que je n'ai la plume, Dolko n'est ni Julien Sorel, ni Lucien de Rubempré, ni Frédéric Moreau. Non, je ne vise pas si haut. Mais pourquoi ne serait-il pas considéré comme l'Angélique ou la Caroline Chérie de la littérature romanesque et épique gay ?
Oh oui, j'adorerais ça !
Et lui, ce délicieux garçon de chez AllAmericanGuys (une excellente maison qui produit des modèles indémodables, mais que malheureusement tout le monde ne peut pas s'offrir !), qu'en pense-t-il ? Je suis sûr qu'il est de mon avis, je le vois dans son regard. Dans ses abdos aussi !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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