April 24, 2009
La passion selon saint Marc
C'est aujourd'hui la saint Marc. Rassurez-vous, je ne tourne pas mystique, mais j'ai toujours adoré ce prénom. J'aime sa brièveté, et surtout la sonorité de son unique syllabe. En général, je trouve que les prénoms qui se terminent par un C ou un K sonnent toujours plus virils que les autres : Marc, Franck, Luc, Eric, Cédric… J'ai souvent prénommé Marc des héros de romans. Je me souviens d'avoir écrit, juste après mon premier livre, Dolce Roma, un bouquin intitulé Petit Marc. Je crois que c'était un assez mauvais livre, peut-être même un très mauvais livre, assez prétentieux, obscur à souhait. Il faut dire que je venais de publier le premier et je ne comprenais pas très bien pourquoi Grasset l'avait accepté. Je me suis donc regardé écrire, et ça a donné ce très mauvais manuscrit, que Grasset a d'ailleurs refusé, et la littérature française lui en est reconnaissante.
Il y a eu aussi un Marc qui a beaucoup compté dans ma vie, même sie contraire n'est pas vrai : je n'ai absolument pas compté dans la sienne, et à mon avis, si vous lui parliez de moi, il mettrait plusieurs jours avant de mettre la main sur le souvenir qui me concerne. Il se prénommait en fait Marc-Michel, et semblait tenir à son double prénom, que personnellement je préférais amputer de la seconde moitié. C'était un beau garçon brun, l'air très viril, avec un corps absolument impeccable, musclé de manière très sportive. Il était originaire de la Côte d'Azur et le soleil devait être un peu amoureux de lui, car il avait une fort jolie peau mate. Qu'il ne m'a jamais laissé caresser, car il a constaté que je m'emballais très vite dans cette histoire et il a dû s'inquiéter de ce qui risquait de se passer avec un tel hystérique. J'ai été très malheureux de ne pas coucher avec lui. C'est là que je me suis rendu compte à quel point il importait de coucher au moins une fois avec quelqu'un que l'on désire très fort. Après, même quand ça foire, il y a ce souvenir, cette intimité des corps, ce bref dialogue des chairs, cette violente confrontation des désirs - et le chagrin de la séparation, de la non-histoire, passe plus vite.
Je ne sais pas ce qu'est devenu le Marc de cette époque. Je trouve que le garçon sur la photo pourrait se prénommer ainsi. J'aime la rieuse innocence avec laquelle il nous montre le volume de ses biceps. J'aime les beaux garçons exhibitionnistes qui ont oublié d'être narcissiques.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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