September 29, 2009
Le blues de l'inconnu
Un jour, au sauna Sun City, à Paris, j'ai rencontré un très beau garçon, qui avait un air de famille avec celui-ci (mais ce n'était pas lui, je le précise immédiatement au cas où la famille de celui-ci lirait quotidiennement mon blog…). C'était la première fois qu'il y venait, cela se voyait au fait qu'il se faisait cornaquer (non, Kévin, ce n'est pas une expression sexuelle) par un ami. Dès le premier regard, comme dans les chansons d'amour, nous nous sommes plu. Mais la présence de son copain (ami? amant?) ne facilitait pas la rencontre. Pour tout arranger, j'avais rendez-vous avec un pote et devais partir à une certaine heure. J'ai longtemps cru qu'il ne se passerait rien, mais finalement (à mon avis, torturé par le désir qu'il avait de moi) il m'a suivi dans une cabine. Il avait une belle gueule virile mais sympa, souriante, plus beau mec que mec beau, avec un corps impeccable, légèrement poilu, bref, je ne vous fais pas un dessin (vaut mieux pas, d'ailleurs, si vous voulez continuer à rêver !). La porte de la cabine s'est refermée, nous étions enfin seuls, tous les deux… Et elle s'est rouverte quelques minutes plus tard : quelque chose ne s'était pas passé, un courant qui n'avait pas circulé, deux désirs qui s'étaient croisés sans se rencontrer… J'ignore encore ce qu'il cherchait vraiment. C'est toujours délicat, ces mecs qui ont l'air d'attendre de vous quelque chose de précis. Je les appelle des"Fort Boyard". On a l'impression, dès que la porte de la cabine se referme, que le mec retourne une clepsydre (répète ce mot nouveau, Kevin) et que l'on a trois minutes pour trouver ce qui le fait kiffer. Plus le mec est excitant, plus la recherche se fait nerveuse, désespérée. On pince un sein, on soupèse une couille, on caresse une fesse, on dit bonjour au passage à une rondelle un peu crispée, on roule une petite pelle, on essaie de mettre un doigt, on revient au téton… Stop ! Si vous ne voulez pas rester prisonnier de la cabine, il faut sortir. Sinon, le beau mec se transforme en Père Fourras !
J'en ai connu quelques-uns, des Fort Boyard, et ils sont aussi satisfaisants pour l'ego que déprimants pour la libido.
Hier, pour une raison que j'ignore, je n'ai pas cessé de penser à ce garçon dont j'ignore tout, à commencer par le prénom (s'il se reconnait dans cette anecdote, qu'il m'écrive, mais alors chapeau, le mec !). Sur le coup, j'avais tempéré ma déception en me disant qu'au moins, il m'avait trouvé à son goût, et c'est toujours plaisant de plaire à un très beau mec. Mais bon, sur le plan sensuel, j'ai de meilleurs souvenirs. Alors pourquoi cette mélancolie, hier ? Je crois que je vois en ce mec un symbole de ma vie (aïe aïe aïe !). J'ai eu droit tout au long de mon existence, comme ce jour-là, à de jolies réussites, mais elles ne se sont pas souvent transformées en succès. Un peu comme avec mes bouquins : j'ai été édité plein de fois, mais mes livres n'ont jamais vraiment marché.
Ce matin encore, j'ai le blues de l'inconnu. On dit que, avant de mourir, on voit défiler sa vie. Moi, si je vois défiler tous les beaux mecs avec qui ça aurait pu se passer un peu mieux, je vous préviens, je ne suis pas sur le point de claquer. Tant pis pour vous ! Va falloir vous y faire !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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