April 12, 2008
Les feuilles mortes…

L'autre jour, aux infos, je vois l'interview du nouveau maire d'une petite commune assez connue. Le nom me frappe. Il ne peut s'agir d'une homonymie. C'est bien le nom de mon premier grand amour. D'ailleurs, même s'il n'est pas orginaire de la région dont il est à présent l'élu, j'avais appris qu'il s'y était installé il y a longtemps.
Je vais sur Google, je trouve son e-mail, j'écris. Il me répond. C'est bien lui. Je ne l'ai pas tout à fait reconnu à la télé. C'était il y a plus de trente ans, il en avait à peine vingt à l'époque. Ce garçon était exceptionnel. Non seulement il était extrêmement mignon, masculin et sportif à une époque où les homos ne l'étaient pas, mais il assumait sa différence avec une sérénité, une audace et un courage qui m'ont toujours laissé pantois. Je n'ai connu personne d'autre dans toute ma vie qui l'ait jamais surpassé en ce domaine. Car il vivait dans un milieu assez peu cultivé, dans une province reculée. Sa chance était d'avoir dans sa famille quelqu'un comme lui qui avait assumé sa vie. J'imagine que ça l'a un peu aidé, vis-à-vis des autres mais aussi de lui-même. Son autre chance était d'être lui-même. Il ne voyait aucune raison dans sa différence de ne pas être heureux de vivre. Je l'ai souvent envié.
Je lui ai écrit pour lui dire la forte impression qu'il continuait à me faire, trente ans plus tard. Je ne lui ai pas dit que je l'avais aimé comme un fou. S'il ne s'en souvient pas, à quoi bon le lui rappeler ? Je l'ai aimé avec une rage d'autant plus forte que je savais deux choses : la première, c'est qu'il ne m'aimait pas et n'aimerait pas ; la seconde, c'est que s'il m'avait aimé, j'aurais cessé de l'aimer aussitôt, en tout cas très vite.
Au bout d'un an de fréquentation, nous avons couché ensemble une fois. Pas le plus grand pied de ma vie, mais sûrement l'un des plus indispensables. A partir de là, j'ai quitté le monde de l'amertume pour entrer dans celui de la nostalgie. Ce n'est pas rien.
Comme il n'est pas très internet, il m'invite à lui téléphoner. Je vais l'appeler ce soir. Je suis déjà ému.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie, Homosexualité par Jean-Paul Tapie
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