December 4, 2008
Life is a cabaret
J'ai regardé hier soir à la télé un film d'Alain Corneau, un remake d'un film de Melville, je crois : "Le deuxième souffle". Remake sans grand intérêt, sauf que Corneau a dû s'amuser comme un petit fou à tourner cette reconstitution des années 50/60 avec tous les poncifs du genre, les voitures américaines et les seconds couteaux en trench coat, la pute au grand coeur et le truand avec un profond sens de l'honneur, etc. Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans ces films-là, il y a toujours au début une scène dans un cabaret genre Pigalle, tenu par un truand de deuxième ordre, vaguement maquereau et totalement balance. Bon, ça n'a en soi rien d'étonnant. Après tout, on imagine volontiers que les putes et les mauvais garçons ont envie, la nuit, de boire un verre - pardon, d'écluser un godet. Non, ce qui m'épate, moi, ce sont les clients anonymes. Ils sont là, chics et parfaitement honorales, assis à des tables juponnées de rose avec abat-jour assorti, en train de boire du champagne hors de prix qu'on devine tiède et de regarder des numéros de music hall qui ressemblent à de pâles échantillons du Lido, trois ou quatre godiches qui dansent en montrant la raie de leurs fesses. Il y a aussi parfois une chanteuse triste qui nous parle de son histoire d'amour pour un filou abattu par les condés. En général, ça se termine par une fusillade, et ces clients anonymes et honnêtes s'enfuient en criant après s'être jetés sous les tables. Je continue à me demander ce qui peut pousser des gens, a priori honorables, à se rendre dans de tels endroits pour voir des numéros aussi tartes. J'imagine le haut fonctionnaire ou le banquier disant à sa femme : "Habille-toi, Madeleine, ce soir je t'emmène au Kiss Me Club, on va aller boire du champagne tiède à deux cents sacs la bouteille en regardant des entraineuses danser comme des candidats de la Star Ac !" Ah, on ne s'embarrassait pas de vraisemblance dans les films de cette époque !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie

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