July 18, 2010
Mes aubes sont navrantes…
J'ai toujours chéri ma solitude. Comme le chantait Reggiani, je ne me suis jamais senti seul avec ma solitude. Très doctement, j'aimais discourir sur la différence entre solitude et isolement. Et voici que brusquement je me sens non plus seul, mais isolé. Au fond, il a suffi que les trois ou quatre personnes avec qui j'entretiens ici de véritables relations personnelles s'absentent en même temps pour que je me retrouve seul, c'est-à-dire sans projet extérieur avec autrui, sans téléphone qui sonne, sans signe de vie. C'est supportable quelques jours, mais voici bien deux semaines que cela dure. Je m'en suis clairement aperçu ce matin, en me levant. Quand je ne prends pas un demi-somnifère, je ne dors pas plus mal, mais je me réveille le coeur au bord des lèvres. Comme ce matin. Brusquement, je vois tout en gris. Seulement, ce n'est pas une illusion : tout est gris autour de moi, et je ne vois pas grand chose pour y apporter un peu de couleurs.
J'ai toujours eu la conviction intime d'être perclus de défauts comme d'autres de rhumatismes, mais j'ai toujours eu la conviction parallèle d'avoir quelques qualités qui rendent ma fréquentation, sinon indispensable, du moins attrayante. Je le vois bien d'ailleurs avec ce blog qui me vaut un courrier régulier et fidèle. J'ai le sentiment que des gens m'apprécient. Mais ici, à la Réunion, quand je fais le bilan des dix années que j'y ai passées, le bilan est terrible. Je m'y suis fait très peu d'amis. En fait, aucun de nouveau. Les rares personnes que je fréquente ici, je les connaissais avant de venir, ou elles m'ont rejoint en s'y installant. J'ai croisé quantité d'autres gens, mais il s'est rarement produit une étincelle.
En même temps - et c'est là que ce billet, partant de l'individuel, va enfin confiner au collectif, à l'universel - je pense que les nouveaux moyens de communication y sont pour quelque chose. A force d'avoir la possibilité de joindre nos connaissances où qu'elles soient, on se console de ne plus les voir. On peut les joindre sur leur portable, leur envoyer un mail, lire leur blog quand elles en ont un : pourquoi se donnerait-on la peine de passer les voir ? Pourquoi s'inquièterait-on quand elles ne donnent pas signe de vie ? Elles aussi, elles peuvent nous joindre.
Regardons les choses en face : je suis devenu un vieux isolé, et s'il faisait plus chaud, je mourrais de la canicule.
Une nouvelle semaine commence : combien de coups de fils amicaux recevrai-je ? Combien de signes de vie et d'amitié ? J'ai toujours été d'accord avec De Gaulle quand il disait que la vieillesse est un naufrage. J'ai l'impression que la mienne est un naufrage + un torpillage + un sabordage + un échouage. Toute l'histoire de la marine résumée en une seule personne.
Ô que ma quille éclate, ô que j'aille à la mer…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
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