July 22, 2008

Miroir, mon beau miroir…

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    Je suis en train de lire le dernier opus d'Armistead Maupin, "Michael Tolliver lives", censé être la suite des "Tales of the City", une espèce de "Vingt ans après".

    Si j'étais méchant et mauvaise langue - or je le suis - je dirais que ce livre est quelque part une supercherie. Car si le héros se nomme bien Michael Tolliver, comme celui des Tales, on ne peut s'empêcher en permanence de songer à Maupin lui-même. Il est clair qu'il a écrit ce livre en hommage à celui qu'il appelle son 'husband' (j'ai déjà dit ce que je pensais de ce genre d'appellation). On sent bien qu'à plus ou moins soixante ans, avec un physique qui n'a jamais dépassé le stade de 'gueule sympa', Maupin n'en revient pas d'avoir mis la main sur un amant apparemment bien plus jeune et bien plus sexy que lui. Il ne peut s'empêcher, à tout bout de chapitre, de nous rappeler que Ben, le jeune mari de Michael, est sexy et plait intensément à tous ceux que le couple rencontre. Il le dit, le redit et le répète. On sent bien que tout l'intérêt du livre, pour lui, est là. C'est un hommage, non à son héros le plus célèbre, mais à son mari. C'est aussi une proclamation d'auto-satisfaction. C'est pourquoi, si l'on peut parler dans un certain sens de supercherie, on ne lui en veut pas beaucoup au fond, sinon de nous ennuyer entre deux scènes plutôt cocasses et deux remarques acides sur le monde dans lequel nous vivons.

    C'est sa façon à lui de se regarder dans le miroir.

    J'aimerais beaucoup que, chaque matin, mon miroir reflète l'image d'un jeune homme pareil à celui-ci. Il s'appelle Emmanuel Fiore, il est Italien. Du moins, je dis que j'aimerais, mais c'est faux. La beauté, à un tel niveau, est lassante. Elle ne peut se concevoir qu'entrevue, entr'aperçue, presque devinée, juste croisée. Comment vivre avec un tel garçon ? Tout instant passé avec lui ne peut venir s'inscrire qu'à son débit. Il part de tellement haut qu'il ne lui est plus possible de gagner le moindre point. Ou alors, il faut qu'il se révèle un esprit supérieur, et sincèrement, comment le supporter davantage ?

    Je reçois en ce moment des mails de copains au sujet d'un fichier dénommé Edvige, qui constituerait une menace pour nous autres homos. Je ne sais pas si c'est une raison authentique de s'inquiéter, ou encore une de ces crises de paranoïa comme en traversent si volontiers les gais, qui s'imaginent souvent que des gouvernements secrètement hostiles les recensent en douce, dans l'attente d'un improbable coup d'Etat qui se traduirait par des arrestations massives et des déportations collectives sur des îles désertes. Remarquez, qui n'apprécierait pas, au moins pendant quelques semaines, que le gouvernement nous déporte dans une des Iles Eparses, qui se situent dans le Canal du Mozambique, entre Madagascar et la France, et qui ne sont fréquentées que par des crabes, et de temps à autre par des militaires ? Un immense camp de quelques semaines, quand il fait froid à Paris, ce ne serait pas pour déplaire au plus grand nombre, si ?

    Je ne devrais pas plaisanter sur ce sujet, je le sais, mais les vertueux lisent rarement les blogs, alors autant se lâcher !

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