July 12, 2010
Nous allons tous mourir Crésus !

Je suis tombé sur un blog écrit dans un français savoureux par un Américain francophone (auroyaumedesaveugles). L'auteur évoquait la colonie de Pines sur Fire Island. J'y suis allé deux fois, invité par mon ami Don, de Washington, DC, lui-même invité par son ancien ami Jay, un avocat blindé de thunes - n'est-ce pas un pléonasme, aux USA ? Pines est exactement le genre d'endroit qui vous propulse constamment aux deux extrémités opposées de l'excitation : par moments, vous adorez; à d'autres, vous exécrez. D'abord, l'endroit est joli, trop joli. De belles maisons de bois, reliées entre elles par des chemins en caillebotis, agrémentées de piscines, alors qu'il y a la mer à deux cents mètres (mais comme dit Jay : "Oh, it's almost de rigueur, my dear…"). On y croise des garçons magnifiques, en Speedo, avec des gueules et des corps incroyables, dont on a l'impression que c'est leur seule raison d'être sur terre : être subliment beau, un peu comme le garçon de la photo, histoire de vous casser le moral et de rendre le monde plus supportable. On se demande qui couche avec ces mecs-là, et quand on le découvre, on a envie de mourir, soit parce que ce sont d'autres mecs superbes, soit parce que ce sont des mecs encore plus ordinaires que vous. Bref, si vous n'êtes pas vous-même sublime, je vous déconseille de vous rendre à Pines, sur Fire Island, sans votre Lexomil ou Xanax habituel. (Pour en savoir plus sur cet endroit merveilleux, je vous renvoie à ma nouvelle "375 dollars", disponible gratuitement sur ce sit d'un simple clic.
Je garde un souvenir ébloui de ces deux séjours à Pines. Souvenir qui s'ajoute à des centaines d'autres dans des endroits très différents. En ce moment, par exemple, je songe beaucoup à la Grèce, aux merveilleux voyages que j'y ai faits dans les années 70/80, toutes ces îles que j'ai traversées, ces gens que j'y ai rencontrés, ces mecs que j'y ai baisés, le plus souvent à la sauvette - difficile à l'époque de faire autrement. Puis de là, je passe à Ibiza, où j'ai beaucoup dansé, bu et baisé aussi. Et de là… Là, je m'arrête, je considère ma mémoire et je me dis que j'ai un disque dur vraiment fabuleux dans ma tête. Puis je pense que je vais bientôt mourir, mon disque dur deviendra mou et je me demande ce que toutes ces images, toutes ces anecdotes, tous ces visages vont devenir. Vraiment, ça me panique et ça me navre. J'ai envie de m'enfiler une clef USB dans le fion, comme un thermomètre, histoire de voir si ça ne pourrait pas enregistrer un peu de ces souvenirs. Comme ma première nuit au Saints, au début des années 80, quand le monde était encore sida free et que des milliers de garçons bien foutus dansaient torse nu sous la coupole translucide, une bouteille de poppers vissé dans la narine…
Les souvenirs que nous avons accumulés sont notre principale richesse - nous allons tous mourir Crésus !
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Nous allons tous mourir Crésus ! »
Si je me souviens bien des photos du magazine "Jean-Paul" que, dans les années 70, il fallait aller chercher tout en haut de étagères de la Maison de la Presse, tes souvenirs ne devaient pas ressembler tout à fait à la photo dont tu nous gratifies aujourd'hui (même après rasage de la moustache). Mais bon, ce qui comptera pour les générations futures est ce qui sera écrit, et, là, tu as une sérieuse longueur d'avance sur tes contemporains !