November 30, 2009
On en apprend tous les jours…
Aujourd'hui, 1er décembre, journée mondiale de lutte contre le sida… Ce matin, je regarde la télé, une chaîne info, et là je vois apparaître sur l'écran l'un de mes amis qui travaille dans une association. La voix off le présente comme "Machin, atteint du sida…" Quand vous n'êtes pas au courant, je vous assure que ça fait un choc. On se connaît quand même depuis une dizaine d'années, lorsque j'ai intégré cette association en 1996. Il m'arrive de descendre chez lui à Paris. Jamais nous n'en avons parlé. Ma première réaction est égoïste, forcément (eh, c'est moi les mecs, vous commencez à me connaître, non ?) : pourquoi ne m'en a-t-il jamais parlé ? Puis l'homme de gauche (ou qui essaie de l'être) réapparaît et je me dis : c'est sa maladie, c'est sa vie, il les gère comme il veut, je ne lui ai peut-être pas envoyé les bons signaux pour qu'il se sente en confiance et m'en parle… D'accord, mais bon, on n'est plus aujourd'hui dans la même situation qu'il y a dix ou vingt ans. Après tout, cet ami m'a appris spontanément la séroconversion d'un ami commun. S'il peut parler de la santé des autres, pourquoi pas de la sienne ? Je sais, je suis souvent médiocre sur le plan humain, égoïste, intolérant, indifférent et tout ce que vous voudrez. Je n'ai pas toujours été à la hauteur avec certains amis atteints de la maladie. Mais je l'ai été avec d'autres. Et puis, qui peut oser dire qu'il a toujours eu une attitude irréprochable ? C'est plus facile quand on est né à l'époque du sida. Moi, je suis assez vieux pour avoir connu la période avant, et l'arrivée du mal, et personne ne nous a appris comment nous comporter. Je me souviens qu'en 83, à Mykonos, avec mon ami Yves, on chantait : "On va tous mourir du sida, da la dir la da da…" Yves a cessé de chanter en 1996, et c'est alors que j'ai adhéré à Aides. Je ne crois pas avoir été un volontaire exceptionnel, je ne m'en excuse même pas, j'ai bien des défaillances dans le domaine de l'humain, je crois l'avoir dit. A l'époque, je disais volontiers que lorsque j'entrais dans la chambre d'un malade pour lui parler, il ne se doutait pas que le pire était en train de lui arriver… Mais bon, j'ai essayé de faire ce que je pouvais avec mes maigres capacités d'empathie. La maladie m'a épargné et je ne m'en excuse pas, même si, à une époque, il y a eu des gens, dans la communauté gay (Dustan en tête, et je le regrette), pour affirmer qu'un homo séronégatif n'était pas tout à fait un homo. Et après la guerre, un Juif qui n'était pas passé par Auschwitz n'était pas tout à fait un Juif, j'imagine…
Bon, on va arrêter là-dessus, parce que je m'aperçois que le silence de mon ami à propos de sa maladie me blesse, et je préfère me taire avant de devenir amer. Après tout, ce n'est pas de moi dont il est question aujourd'hui.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur On en apprend tous les jours… »
Rassurez vous, vous n'en etes tjrs que plus humain.