January 16, 2010
Par où commencer ?
La situation en Haïti me fait penser à une fille à qui je rendais visite quand j'étais volontaire à Aides, à l'hôpital Bichât. Elle était atteinte du sida, de l'hépatite B et de la tuberculose. Elle était toxico et alcoolique. Elle était dans un tel état que l'on ne pouvait pénétrer dans sa chambre qu'après avoir revêtu une tenue stérile. Pour se payer ses doses, elle se prostituait, et donc sa mère lui avait enlevé son petit garçon et refusait de le lui rendre.
Chaque fois que je pénétrais dans la chambre de cette fille - après avoir reculé une bonne demi-douzaine de fois - je ne savais par où commencer. Lui parler de ses traitements ? Lesquels ? Elle en avait une dizaine. De son avenir ? De son présent ? J'aurais eu l'impression d'être obscène. Rien que lui demander "Comment ça va ?", on avait l'impression de glisser de faire de l'humour noir.
Haïti est un peu comme cette fille. On ne sait pas par où commencer. Ailleurs, quand ça catastrophe, il reste toujours un embryon d'organisation : des routes, des points d'approvisionnement, de la police, de l'armée, de l'administration. Bref, on peut plus ou moins vite organiser le chaos. En Haïti, c'est le chaos d'au-delà le chaos. Il n'y a rien sur quoi on puisse s'appuyer pour sauver des vies, aider les survivants, organiser le quotidien. On va encore sauver quelques rescapés, on parlera de miracle, ça sera émouvant à regarder à la télé, ça relancera les dons. On entassera à l'aéroport des provisions et des médicaments qu'on ne pourra pas acheminer et distribuer. Alors la mafia locale - sans aucune doute la première à se remettre sur pied - s'emparera de ces stocks, les cachera, puis les revendra au prix fort. Parallèlement, quelques politiciens détourneront l'aide financière. Dans un an ou deux, tout ce qui aura changé à Haïti, c'est qu'il y aura quelques nouveaux millionnaires en dollars. Qui feront construire à l'étranger des villas dans des zones sans risque. Et par chance, quelques enfants qui auront été adoptés un peu partout dans le monde.
Comme quoi, quand on veut bien faire preuve d'optimisme, dans tout malheur, il y a du bon.
En illustration aujourd'hui, en prévision de mon "calendrier des sauveteurs", voici le héros de la deuxième quinzaine d'août.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Par où commencer ? »
Eteignez cette tele et arretez de mettre des babas sous la chantilly! Si vous devenez gentil et bedonnant, je ne vous aimerez plus.Quoique…. une petite brioche c'est mignon! rassurant,un petit coté Papounet.bises