September 7, 2010
Postérité
L'autre jour, un correspondant, plutôt jeune, me confiait qu'il venait de lire "Koenigsmark" de Pierre Benoit. Pour les plus jeunes d'entre vous, Pierre Benoit (je l'ai constaté en en parlant à des amis ayant dix ou vingt ans de moins que moi) est un inconnu, alors que dans les années 50 et 60, c'était un auteur de best sellers. La preuve : le numéro 1 de la collection du Livre de Poche était "Koenigsmark". Du coup, je me suis demandé si Pierre Benoit était encore "lisible". Aussi, hier, me rendant à la bibliothèque de Piton Saint-Leu, j'ai voulu emprunter l'un de ses ouvrages. Et là, surprise ! Pas un seul ! Interrogée, la bibliothécaire m'a avoué qu'elle n'avait jamais entendu parler de lui !
Certes, il ne faut pas se leurrer sur la postérité. Je ne pense pas que dans 30 ou 40 ans, on parlera encore de Lévy ou de Musso. Mais quand même, Pierre Benoit se situait un cran au-dessus. Après tout, il a quand même été élu à l'Académie française, pour ce que ça vaut.
Du coup, j'en viens à m'interroger sur ma propre postérité. J'attends tellement peu de la gloire de mon vivant que j'en viens, parfois, à rêver sur une possible gloire posthume. Mais si ça se trouve, dix minutes après ma mort, deux mecs se rencontreront dans la rue des Archives, l'un dira : "Tu sais que Tapie est mort?" L'autre répondra: "Bernard ?" "Non, Jean-Paul." "Connais pas !" Pourtant, je ne suis pas très exigeant, je demande juste qu'on se souvienne de moi le lendemain de ma mort. Le surlendemain, vous pouvez commencer à effacer le fichier.
Hier soir, j'ai vu "Pacific" à la télé, une nouvelle série américaine de Steven Spielberg et Tom Hanks. Pas mal, efficacité américaine. Mais on est en droit de se demander à quoi bon un tel film sur la guerre dans le Pacifique. Je vois mal ce qu'il peut apporter de nouveau. Si c'est pour dire que la guerre, c'est cracra, comme tuer les baleines ou jeter des saletés par la portière de la voiture, franchement, on le soupçonnait déjà. Si c'est pour montrer que c'est sanglant, ça aussi, on le savait, et de toute façon, ça l'est moins qu'on bon film gore.
En fait, il y a une chose que j'ai trouvé intéressante dans ce film, ce sont les soldats incorporés qui font leurs adieux à leur famille. C'est une scène qu'on n'imagine plus, sauf chez les militaires de carrière qui partent en Afghanistan. Mais bon, ce sont des professionnels, justement, pas des mecs de la vie de tous les jours. J'appartiens à la première génération qui n'a pas fait la guerre. Je suis parti un jour au service militaire, mais ma mère avait bon espoir de me voir revenir. Peut-être pas si tôt, quand même, puisque j'ai été réformé au bout de quinze jours, quand ils se sont aperçus que je me prostituais dans les toilettes (mais non, je déconne, c'était à cause de mon oreille gauche, par laquelle je n'entends pratiquement rien). En voyant ça dans le film, hier soir, je me disais que ce devait être un moment particulièrement intense, insupportable sur le plan des émotions. Sans doute, mais à l'époque, partir pour la guerre n'était pas encore quelque chose d'exceptionnel. Bref, autrement dit, on a du bol de vivre dans un pays en paix.
Franchement, Ducon, si c'était pour en venir là, t'aurais pu te contenter de juste montrer la photo du beau cow-boy…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie
Commentaires sur Postérité »
Se pourrait-il que "Pacific" (série que je n'ai pas vue et sur laquelle je n'ai aucune opinion) soit destinée aux jeunes gens qui n'ont jamais vu "Tora Tora Tora", "Furyo" ni "Midway"? Et qui peut-être ne savent pas non plus qui étaient Paul Guth et Guy des Cars ? Je dis ça juste pour lancer le débat.