August 22, 2009

Postérité, mon amour !

tats3Ce matin, en me levant, j'ai regardé un bout de film sur La Fontaine, avec Lorant Deutsch (plus crédible quand même que dans le rôle e Sartre !). Dans ces reconstitutions historiques (que les people appellent des biopics), il y a deux éléments indispensables qui plaisent beaucoup. D'abord, la phrase lancée un peu au hasard qui va devenir une citation connue par les écoliers de la France entière, genre Louis XIV qui répond à Colbert, au détour d'une conversation : "La France, c'est moi!" On a l'impression d'assister en direct à l'Histoire en train de s'écrire, et donc d'en être  le témoin. Ou La Fontaine qui dit comme ça à une duchesse, au détour d'une conversation, alors qu'il est à la recherche d'une idée de bouquin : "Et si je faisais parler des animaux ?"

Ensuite, un grand personnage (ou qui se croit tel), tombé depuis longtemps dans les oubliettes de l'Histoire, et qui s'écrie : "Quoi ? Ce La Fontaine ? Mais dans dix ans, tout le monde aura oublié son nom !" On peut même cumuler les deux et entendre la duchesse répondre : "Quoi ? Faire parler des animaux ? Mais quelle idée absurde, mon ami, ça ne marchera jamais !"

Bon, comme le film m'a un peu lassé, je me suis mis à penser à autre chose, notamment à moi. Je me suis projeté dans 150 ans d'ici, quand la gloire posthume aura fait de moi un monument incontournable de la littérature française. On me verra par exemple à ma table de travail, cherchant un nom pour le héros d'une série historique, rayant les propositions les unes après les autres, et là, gros plan sur ma table de travail, où on aperçoit, à côté d'un verre d'eau, un médicament contre le mal de tête (forcément, à créer comme ça sans arrêt, ça vous file des putains de névralgies) et la marque, je vous la donne en mille ? Dolko ! Les spectateurs, ravis, sourient dans leur fauteuil. Ah oui, bien sûr, Dolko ! Le Cyrano de Bergerac de la littérature gay ! LE héros du XXIème siècle !

La scène suivante représente une conférence de rédaction de Têtu. On y voit des chroniqueurs et des journalistes oubliés depuis longtemps (pratiquement depuis le jour de leur naissance) et l'un d'eux, le rédacteur en chef (un type gros et laid, à l'expression sournoise et méchante), de s'exclamer sur un ton super méprisant : "Quoi ? Une interview de Jean-Paul Tapie ? Ridicule ! Personne ne sait qui c'est ! Il n'existe même pas ! Faisons plutôt une interview de Guillaume Musso !" Et là, dans la salle, le public s'esclaffe franchement, parce que le cinéma se trouve justement dans un complexe UGC au numéro 124 de l'avenue Jean-Paul Tapie et personne ne sait qui est ce Guillaume Musso. Si ça se trouve, c'est un nom inventé pour l'occasion par le scénariste.

Voilà, c'est mon Guronzac (cocktail de Guronzan et de Prozac) du matin. Bon, à présent, il faut que je vous quitte, j'ai mon prochain insuccès littéraire à écrire, et il ne s'écrira pas tout seul (même s'il en donne l'impression…).


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