December 23, 2008
Pourquoi j'aime (enfin) Noël
Longtemps, Noël a pour moi été synonyme de corvée : je devais aller voir ma mère en Vendée et passer quelques jours avec elle. Quand j'arrivais, en général, elle m'accueillait emmitouflée dans sa robe de chambre, prétendument malade. Un jour, je lui ai fait remarquer que ma venue semblait provoquer chez elle des problèmes de santé, et comme celle-ci me tenait à coeur, j'avais décidé de ne plus venir afin qu'elle se porte mieux. Miraculeusement, elle a cessé d'être malade. Malheureusement, elle n'a pas cessé d'être chiante. Elle me bassinait avec ses histoires de voisinage dont je n'avais rien à cirer. Je m'emmerdais tellement chez elle que je préférais encore, le soir, aller traîner dans la seule boite gaie des environs, Le Damier, qui vous filait l'envie de devenir hétéro sur l'heure.
Vers le milieu des années 90, j'ai trouvé une parade. Je me suis débrouillé pour partir en voyage - un long voyage - à cette période de l'année, ce qui me permettait d'éviter les deux réveillons. Un jour, comme ça, je me suis retrouvé tout seul dans un refuge, sur un sentier de randonnée en Nouvelle-Zélande, à bouffer des nouille mal cuites. La déprime totale. Ma seule consolation a été de penser que j'aurais pu me trouver chez ma mère. Une autre fois, je me suis retrouvé sur l'atoll de Rangiroa, et là je n'ai même pas pensé à elle. Enfin, je crois.
Finalement, elle est morte en 99. Je ne m'en suis pas réjoui, même au Noël suivant. Parce que je me suis souvenu que chaque fois que je me barrais, ravi et enjoué de retrouver ma liberté, calculant qu'en roulant vite je pouvais arriver à Paris à temps pour aller au Gai Tea Dance ou au sauna, j'éprouvais toujours un pincement au coeur en l'apercevant dans le rétroviseur en train de me dire au revoir, toute seule dans son jardin, devant sa petite maison, orpheline d'un fils ingrat. Ce n'est plus elle que je détestais alors, mais la vie en général, qui nous laisse parfois le choix entre se comporter comme un salaud ou se faire yech jusqu'à plus soif. Poil de Carotte avait raison : tout le monde n'a pas la chance de naître orphelin.
Pour ceux que les rapports d'un gai avec sa mère intéressent, je ne saurais trop recommander la lecture de mon roman "Un goût de cendres". Vous verrez que les théories à la con de Ménie Grégoire en prennent pour leur grade.
Pour les autres, Joyeux Noël si ça a encore un sens pour eux.
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie

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