December 15, 2008
Stroccio ma non troppo !
Par curiosité, j'ai repris le "livre culte de la jeunesse italienne" qui m'était tombé brutalement des mains au bout de trente pages. Cette fois-ci, je le tiens solidement, car je sens qu'à chaque nouveau chapitre, il pourrait encore me glisser des doigts et me blesser cruellement le pied.
Je suis sidéré quand je pense que ce livre a été édité par Gallimard. C'est dingue, le style me rappelle le mien quand j'avais quinze ans. Les mêmes maladresses, les mêmes clichés, les mêmes lourdeurs, les mêmes manies, la même afféterie. Bref, rien qui vaille la peine d'utiliser du papier, même recyclé, pour l'imprimer.
Mais ce qui est le plus intéressant, c'est ce que l'on devine de l'auteur même, Federico Moccia. De trois choses l'une : ou c'est une fille qui écrit sous un pseudo de mec (1% de chances), ou c'est un homo qui écrit une histoire d'hétéro (24%), ou c'est un homo refoulé qui croit qu'il écrit une histoire d'hétéro (75%). Il suffit de voir la fréquence avec laquelle il évoque les muscles de ses héros. Et surtout la pauvreté du vocabulaire dont il use pour en parler. Les muscles sont tous saillants et/ou parfaits. Rien de vraiment excitant (vous pouvez me faire confiance, je suis quasiment un expert international en musculature masculine). Pourtant, moi, il m'en faut peu pour démarrer. Je lis quelque chose comme "Stefano était remarquablement musclé pour un garçon de vingt ans", et je commence à délirer, j'ai envie de laisser tomber le livre et d'aller me livrer dans ma chambre à une séance masturbatoire couronnée de succès. Mais là, comme dirait notre ancien président, "ça me remue une couille sans faire bouger l'autre !" (c'est pas Le Nain qui trouverait quelque chose comme ça…)
Et s'il n'y avait que la musculature des garçons dont Moccia parle avec aussi peu d'inspiration ! Mais c'est tout le livre qui est un énorme cliché. Si c'est ça, l'Italie de 2008, faut vite s'en séparer, faut la vendre, la débiter en pièces détachées, la glisser dans des pizzas et la digérer vite fait avant de la chier aux toilettes !
Et dire qu'il y eut un temps où la littérature italienne était si belle !
"Gioccate, gioccate pure, non é di voi che stiamo parlando !" Ah, Micol Finzi-Contini ! Tu n'en finiras jamais pour moi de hanter les jardins secrets de Ferrare…
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Commentaires sur Stroccio ma non troppo ! »
A propos de littérature italienne:je ne sais si tu connais Annie MESSINA.Elle a publié il y a une dizaine d'années déjà un très beau roman intitulé Le Myrte ET la Rose(chez Viviane Hamy).
Le titre est trompeur et pourrait laisser croire qu'il s'agit une bleuette romantico-gay(si toutefois cela signifie quelque chose).L'action se situe après l'an mil de notre ère,quelque part en Mésopotamie(Iran/Irak/Syrie actuels).Les 2 protagonistes sont un prince arabe Hamid El-Ghâzi et d'un jeune esclave répondant au doux nom de Shahin(le faucon) sachant que El-Ghâzi signifie le guerrier).Dès le PREMIER REGARD un lien unique et inexorable unit ces 2 êtres..C'est superbe et bouleversant…un conte des Mille et Une nuits aux parfums envoûtants et vénéneux…Rakim m'a beaucoup fait penser à Shahin..Tout ça,écrit par une femme…On peut penser à cette chère Marguerite..
Je ne comprends pas le titre : est-ce que ce n'est pas plutôt "Stronzo, ma non troppo" ? ou "Frocio, ma non troppo" ? A propos de Moccia, je crois bien que votre troisième hypothèse est la bonne. Savez-vous qu'il sévit également dans le cinéma ? Il a réalisé l'année dernière un film qui a eu un succés énorme en Italie : "Scusa, ma ti chiamo amore". Le film touche le fond de la nullité, mais l'acteur principal était Raoul Bova qui n'est pas désagréable à regarder (pour employer une litote!). En tout cas, "Trois mètres au-dessus du ciel" a été un best-seller incroyable en Italie, dans le public des 11-16 ans ; on doit en être à plus d'un million d'exemplaires et les profs l'étudient même dans les collèges ! Il en existe même DEUX versions : celle qui a été traduite en français et une autre plus longue (cent pages de plus) que Moccia a publiée après le succés de la première… L'allusion finale au roman de Bassani me touche beaucoup : Micol est un magnifique personnage.