April 13, 2009

Suicide mode d'emploi

chrisMa plus vieille amie me téléphone hier, en pleurs, à la limite de l'hystérie, et me demande tout de go comment se suicider de manière à ne pas se rater. Je me mords la langue juste avant de lui suggérer une réponse. Puis j'oublie la conduite à tenir en pareil cas quand j'étais volontaire à Aides et, au lieu de lui demander comment elle envisage de se supprimer, je commence à tenter de la convaincre qu'elle a tort. Bravo l'artiste ! Heureusement que je n'ai jamais eu à faire face à cette situation quand je militais ! Mais je ne me suis jamais considéré comme un militant des plus efficaces.

Mon amie est désespérée parce que l'homme qu'elle aime ne l'aime pas, ou pas assez, ce qui revient au même. Ajoutez à cela des problèmes de boulot et  de fric, vous comprendrez qu'elle va mal. Petit à petit j'essaie de la raisonner. Je cesse de lui affirmer qu'elle a tort de vouloir en finir, je lui fais simplement remarquer que si elle choisit d'en finir, elle ne saura jamais s'il y avait une solution à son problème. Or il y en a presque toujours une. Les situations absolument désespérées sont plus rares qu'on ne croit. Souvent, c'est parce que l'espoir est mince, ténu, que nous avons l'impression qu'il n'existe plus. Je vois bien ce qui se passe pour moi en ce moment : rien de ce que je fais ne m'intéresse plus (les mecs, les bouquins, le sport), mais je suis encore capable de m'intéresser à ce que font certains autres (ce qui est quand même un comble pour un égocentrique professionnel !). J'ai envie de savoir ce que va faire Obama avec le monde, et Nadal avec le tennis, et la France avec Sarko… C'est très difficile de parvenir à se désintéresser de tout, y compris soi-même. J'ai cité à mon amie la phrase de Madame du Barry sur l'échafaud : "Encore un petit instant, monsieur le bourreau…" C'est le plus vibrant message d'espoir que je connaisse.

Quand j'ai raccroché, mon amie ne pleurait plus. Elle acquiesçait d'une voix un peu mécanique à ce que je lui disais. Un bref instant, je me suis demandé si elle allait passer à l'acte. Franchement, je ne sais pas. Je ne crois pas, mais je peux me tromper. De toute façon, je n'y peux rien. Il y a cette phrase de Valéry qui dit : "Le suicide, c'est l'absence des autres." C'est méchant pour les autres, et ce n'est pas tout à fait vrai. Ou alors, au second degré : le suicide, c'est quand les autres ne comptent même plus pour nous; ils sont absents, parce que le monde est devenu désert; et dans le désert, qui s'intéresse à vous ?

Je ne saurais trop vous conseiller d'admirer longtemps l'illustration de ce message avant de passer à autre chose…

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Commentaires sur Suicide mode d'emploi »

April 14, 2009

Virginie @ 12:27 pm

Et "les autres", les méchants, ils deviennent
quoi après ? Ils se culpabilisent une vie durant et survivent tant bien que mal; mais leurs vies à eux est
foutues aussi, en restant vivant, et c'est parfois pire.
j'en souffre depuis 11 ans et je souhaite de tout mon coeur que les mots insufflés à votre amie lui donne le courage de continuer…
Vous êtes quelqu'un de tellement "vivant" que vous avez surement réussi..
Bonne soirée

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