March 14, 2009
The Milky Way
J'ai vu hier le film de Gus van Samt avec Sean Penn. Remarquable. Roboratif juste comme il faut. Emouvant sans être larmoyant. Sean Penn est épatant. Le jour de son quarantième anniversaire, il se voit offrir par le destin James Franco. J'ai été moins gâté, je me souviens: une cravate Nicole Miller et des livres.
Le film laisse une impression double et paradoxale. Son action paraît se situer très loin dans le temps et ne pas être encore terminée. Après tout, autour de moi, combien de garçons ont-ils fait un coming out complet : parents, amis, collègues ? De jeunes homos souffrent encore, au point d'en mourir, dans certains endroits où l'espoir n'a pas accès. Les Anita Bryant ne sont pas mortes. Chez nous, il y a Boutin, pour commencer. Quand on voit la vraie Anita Bryant à l'écran, on distingue Boutin en filigrane. Elles proclament la même certitude de faire un acte d'amour en cherchant à rendre les homos meilleurs malgré eux, de les aider en les privant de leurs droits civiques, un peu comme on aide un alcoolique en le privant de sa bouteille. Tellement catho comme démarche. Monte sur le bûcher, mon fils, Dieu t'aime et le feu te purifiera.
Aux Mots à la Bouche, je rencontre deux lecteurs fidèles, et de mes livres, et de ce blog. Ils m'nterpellent en me demandant des nouvelles de ma dent. Ma première réaction est de surprise : comment le savent-ils ? Je me pose à présent une autre question : est-ce que j'en dis trop sur ce blog ? Suis-je impudique, et pas seulement dans le sens où Dolko l'est ?
En milieu d'après-midi, je file au Salon pour signer quelques livres. Des rencontres agréables. Mais c'est toujours frustrant une séance de signature : ou il y a trop de monde (remarquez, ça ne m'est jamais arrivé, je parle juste hypothétiquement), et on fait de l'abattage, on dit merci, on répond à une question en trois mots et on signe ; ou il n'y en a pas assez, et on a un peu envie de reprocher à ceux qui sont là de ne pas être plus nombreux, comme si c'était leur faute.
Je rencontre sur son stand l'éditeur réunionnais de L'Arbre du Voyageur, mon seul roman non-gay ; il me supplie presque de lui redonner un manuscrit qu'un ancien directeur commercial avait refusé. Je vais peut-être condescendre. Je suis comme ça, 'est mon côté seigneur.
Au Salon, un type qui connaît H&O nous donne un badge très recherché sur lequel est écrit : "Je lis la Princesse de Clèves". C'est d'autant plus drôle que je suis justement en train de la relire, posant ainsi un acte d'opposition culturelle à Sarko. Il paraît qu'au Salon on ne trouve plus un seul exemplaire du livre. Il est quand même fort, le Nain : il réussit là où Mitterrand lui-même aurait échoué : nous faire lire ou relire ce chef d'oeuvre !
J'ai fini la soirée avec Marie et Harvey. On a pris de novuelles photos de moi pour remplacer celle, un peu limite, qui illustre ma fiche sur Facebook. Quand je pense que c'est cette tronche que les gens voient quand ils me croisent, j'ai renvie de pleurer. Mais bon, tant de choses me donnent envie de pleurer en ce moment…
Pour finir : dans le métro, j'ai croisé pusieurs fois des militaires en treillis, l'arme à la hanche. J'en ai repéré un petit blond très sexy, mignon, l'oeil bleu, la nuque rasée. Il avait le regard qui furetait dans les coins. Il cherchait désespérément une raison de se conduire en héros de Lartéguy. Moi, je l'imaginais plus volontiers en héros de Tom of Finland…
Ce matin, au réveil, je me sens tout sauf un héros. Certaines heures sont longues et j'ai de mauvais jours…
Classé sous Blog de Jean-Paul Tapie par Jean-Paul Tapie

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Gus van Sant