July 13, 2010

Tour de passe-passe

6a00d83451cc7469e20120a776a081970b-801C'est peut-être un effet de la nostalgie (qui est toujours ce qu'elle était, c'est en revanche la mémoire qui n'est plus ce qu'elle était), mais il me semble qu'autrefois, le Tour de France donnait lieu à des empoignades homériques tout au long de la boucle. Aujourd'hui, tout se joue en deux ou trois étapes : un contre la montre au début, histoire d'établir un classement, puis une étape de montagne avec arrivée au sommet (genre L'Alpe d'Huez ou une étape pyrénéenne), puis un deuxième contre la montre la veille de l'arrivée, mais là en général tout est joué. A Paris, le vainqueur  a 11 secondes d'avance sur le deuxième et 27 sur le troisième. Très souvent, il possède la même avance depuis la première semaine.

Suivre une étape à la télé est au fond assez ennuyeux. Je le sais, je n'ai rien d'autre à faire en ce moment, alors l'après-midi, je rejoins la route du Tour, comme disent les commentateurs. Ces derniers se donnent pourtant un mal de chien pour nous captiver et nous retenir. On fait appel au spécialiste de la montagne (Virenque et son insupportable accent nasillard). Il nous promet une attaque dans le deuxième col du jour, un deuxième catégorie avec 7,2% de pente moyenne ; puis dans le troisième ; bon, alors, sans faute dans le quatrième; à mi-pente, c'est sûr, là, il va y avoir une attaque ; au plus tard, dans les trois derniers kilomètres. Et la réalité lui donne raison : à 700 mètres de l'arrivée, l'un des favoris attaque et prend 9 secondes à tout le monde. Bonne nuit et à demain !

Le mois dernier, dans le Queyras, j'ai vu passé le Critérium du Dauphiné Libéré. Montre en main, ça a duré trois minutes, parce qu'il y avait des échappés devant et des attardés derrière. Trois minutes. Et il y a des gens qui attendent ces trois minutes pendant des heures, toute la journée s'il le faut. Leur pied, c'est de courir à côté des cyclistes qui forcent sur la pédale en leur postillonnant leurs encouragements dans l'oreille. De temps en temps, l'un de ces enthousiastes fait un faux pas, et fait tomber le champion. Ou alors il y a un type au milieu de la route qui veut prendre la photo de l'année, mais calcule mal la vitesse des coureurs et il se prend un Banesto ou un Deutsche Telekom en pleine tronche… Moi, je crois que c'est pour ces moments jouissifs que je regarde passer le Tour.



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