September 21, 2008

Une opinion très critique

Un lecteur fidèle (je n'en ai pas beaucoup, mais ils sont en général fidèles) me signale un article louangeur sur mon livre Le chasseur d'antilopes paru dans une revue confidentielle, "Inverses". Il me l'envoie, ainsi que deux critiques antérieures, l'une sur Le goûter d'anniversaire, l'autre sur Le cirque de la solitude, deux autres de mes romans qui ont eu un tirage aussi confidentiel, probablement, que celui de la revue en question. Ces trois critiques sont non seulement positives, mais elles prouvent que mon propos n'a pas échappé au journaliste, ce qui est toujours une satisfaction.

C'est très agréable, une bonne critique. Mais regardons les choses en face : ce qui lui donne une vraie valeur, en dehors de la satisfaction de l'auteur, c'est le média dans lequel elle paraît. Au fond, si on va au bout de la réflexion, le critique lui-même n'a aucune importance. Ce qui compte, c'est la chaîne ou le magazine sur laquelle ou dans lequel il s'exprime. Franchement, vous croyez qu'Ali Baddou, aussi mignon soit-il, revêt la moindre importance en tant que critique? Aucune. Nulle. Simplement il s'exprime sur Canal Plus, en clair, et cela accorde à l'ouvrage cité une audience beaucoup plus large qu'un article encenseur dans un magazine littéraire. En fait, il n'y a qu'une douzaine de critiques dont l'avis importe vraiment. Ce sont ceux-là qu'il faudrait convaincre, séduire, cajoler. Et sur cette douzaine, combien sont de vrais amateurs de littérature ? Combien ont d'autres ambitions professionnelles que de faire connaître des ouvrages qui leur ont plu ? Demandez aux maisons d'édition ce qu'elles en pensent.

Prenez un garçon comme Beigbeder. Il est à la fois écrivain, critique, animateur d'émission culturelle, probablement directeur littéraire ici ou là, membre d'un jury littéraire et d'un comité de lecture… Croyez-vous que l'on peut se mettre à dos un tel personnage, par exemple en écrivant que son talent est aussi mince que ses lèvres et ses oeuvres aussi légères que son squelette ? Ce serait une colossale erreur et le romancier qui s'amuserait à le dire prendrait un risque insensé. Il finirait comme ce joli garçon, enchaîné à son rocher, avec un critique acerbe en train de lui dévorer le foie. Franchement, très peu pour moi !

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